Vinocamp Rhône

Comme me le faisait très justement remarquer Iris hier, faire un classement (quelqu’il soit, mais un tant soit peu original c’est pas plus mal) est la deuxième méthode infaillible pour faire du buzz. Et la première, me direz-vous ? Un billet vilipendant les vins naturels, bien sûr ! Mais celui-là je me le garde sous le coude pour le moment : ce sera pour relancer la machine quand je serai redescendu à mon rythme de croisière de 10 lecteurs par billet (dans les bons jours). En attendant je vous propose de parler d’un sujet inconnu, qui n’intéresse personne, qui ne fait pas du tout parler les acteurs (ni les actrices) du vin 2.0 et qui n’a même pas son propre hashtag sur Twitter : le Vinocamp !

Bon ok j’ai un peu sur-vendu le truc, là. Mais de la contre-publicité mensongère (pire que les notes de dégustation sur les contre-étiquettes), avouez-le ça ne vous arrive pas tous les jours !

Revenons à nos moutons : cela fait déjà quelques années que je suis, de loin, le Vinocamp. Tout ça pour dire que j’aurais pu être un pionnier. Si j’avais voulu. D’abord. Au lieu de ça c’était toujours trop loin, pas le bon week-end, ou alors c’était plus surbooké qu’un concert de mon sosie et fils spirituel (Justin Bieber pour ceux qui ne suivent pas). Je dois aussi avouer que le Vinocamp Paris, le plus médiatisé, m’a un peu achevé : je ne veux jeter la pierre à personne mais ça faisait vraiment « la blogosphère qui se regarde le nombril » rencontre « les gros opportunistes parisiens pas 2.0 pour un sou qui viennent s’encanailler » (je suis sûr que dans le tas y en a encore qui impriment leurs emails avant de les lire…)

Mais (car il y a toujours un mais) le Vinocamp Rhône possédait beaucoup trop d’attraits pour que je puisse résister à l’envie de m’y rendre. Je ne suis qu’un faible homme, après tout. Sans même compter le fait que ce soit vraiment pas loin de chez moi (pour une fois) ni même les opportunités uniques de rencontrer un gourou international du marketing ou de caresser un hérisson grandeur nature, il y avait des gens que j’apprécie et qui essayaient de me traîner à un Vinocamp depuis des lustres (non, je n’exagère pas, je m’intègre dans le sud, nuance). Et en plus tout le monde sait très bien qu’au Vinocamp le Tarlant coule à flot. Sauf que là, bon, le Tarlant il avait piscine, et il s’était fait remplacer par Piper-Heidsieck : perso j’ai pas vu la différence (pas taper ! pas taper !)

Il y a juste un petit détail que mes « amis » avaient oublié de mentionner : le bizutage. J’explique. Tu viens pour la première fois au Vinocamp, on te parle d’une soirée d’accueil, tu te dis que ça va être sympa. Il est 20 heures, il y a plein de bouteilles ouvertes qui sortent d’on ne sait où, une bonne ambiance, des tas de gens cools. Tu clignes des yeux. Il est 4 heures du matin, tu es en train de te trémousser sur fond de musique électronique dans un quelconque lieu de perdition, une vodka-coca à la main tandis que de jeunes créatures se déhanchent lascivement à tes côtés. Tu clignes des yeux. Il est 9 heures. Tu t’es réveillé à 8h55, tu t’es habillé sous la douche, t’as couru jusqu’au lieu de rendez-vous, t’as une moitié de croissant dans la bouche et un café qui te brûle les doigts à travers la tasse en plastique et on te demande « tu veux faire quel atelier : loi Évin ou QR code ? » Et là tu réponds : « Aspirine. Je veux l’atelier Aspirine. »

Finalement ce sera Loi Évin (vu que y avait pas d’ateliers Paracétamol ou Ibuprofen non plus), après avoir passé une bonne demi-heure à utiliser mes talents de camouflage (tellement puissants que certains ne se sont même pas rendu compte que j’étais présent à ce Vinocamp) pour éviter d’avoir à donner mes trois hashtags à la caméra : #DreamTeam #GueuleDeBois #JeVeuxDormir

Trois sessions d’ateliers d’une heure répartis sur toute la journée (j’aime bien ce rythme), avec le choix parmi 4 ateliers lors de chaque session et un résumé des épisodes précédents à la fin : la formule est visiblement bien éprouvée, et fonctionne. J’ai d’abord choisi « Loi Évin et réseaux sociaux » : assez utile dans mon métier, avec des intervenants très pointus sur le sujet, et dont il est ressorti que, pour une fois, mieux vaut être petit que gros, c’est plus simple de passer entre les mailles du filet (je résume).

J’ai enchaîné sur « La communication des interprofessions sur les réseaux sociaux ». Ça vend du rêve comme intitulé, ça, vous trouvez pas ? Cet atelier a suffi à lui tout seul à me convaincre de l’intérêt du Vinocamp : réussir à regrouper dans la même salle des acteurs complètement disparates de l’univers du vin (communiquants, vignerons, représentants d’interprofessions, entre autres) et les faire véritablement discuter avec beaucoup de sincérité, d’écoute et d’ouverture d’esprit. Un ange passe.

J’ai terminé la journée avec une oreille dans la salle « La vidéo : quel usage ? » et l’autre dans la cour « Oenotourisme ». Entre temps, le repas classique qui tue : on mange des petits fours, debout, en sirotant un verre de vin. Comme la veille. Comme le soir. Comme le lendemain. Et le surlendemain, etc. Je suis bien conscient que j’aurai du mal à tirer quelques larmes à mes lecteurs en leur racontant que j’ai mangé et bu aux frais de la princesse (c’est bizarre Inter Rhône comme nom pour une princesse) tout en me dorant la pilule au soleil dans la cour intérieure d’un vieux bâtiment d’Avignon, et ce en très bonne compagnie de surcroît. Mais je tiens tout de même à indiquer ma joie et mon soulagement lorsque, le mercredi soir venu, j’eus enfin le courage de refuser de me rendre à une énième soirée off pour me retrouver assis dans une chaise confortable devant une daube provençale et une bonne bouteille de Cornas (et merci à notre bienfaitrice du jour pour son invitation désintéressée—nous avons du lui faire pitié, Vincent et moi).

Le lendemain (permettez-moi de passer rapidement sur les événements de la nuit) fut d’autant plus radieux que les sièges du bus nous emmenant à Gigondas étaient confortables. Au menu du jour : présentation des terroirs de Gigondas et Vacqueyras très instructive (et ce malgré le laïus prosélyte de l’Église Française de Biodynamie—même si cela part d’une bonne intention, on sait où mène le chemin qui en est pavé—mais j’ai dit que je garderai cela pour plus tard), suivi d’une jolie vue sur les environs (sponsorisée par Arnaud Daphy/San Pellegrino) en écoutant Georges Truc nous expliquer la géologie du lieu (je pense qu’on peut dire de quelqu’un qui est capable de m’intéresser à la géologie qu’il est vraiment très, très doué) avant de terminer par une dégustation des crus locaux (qui ma foi se sont révélés forts bons).

Dégustation du Domaine Sang Des Cailloux lors du Vinocamp RhôneDégustation du Domaine Montirius lors du Vinocamp RhôneDégustation du Domaine Pierre Amadieu lors du Vinocamp Rhône

Et pour terminer ce Vinocamp Rhône en beauté : une bière et une assiette de frites en terrasse sur la Place de l’Horloge. C’est vous dire si le Vinocamp est un rendez-vous de fins gourmets, d’amateurs (professionnels) éclairés, de gens bien quoi !

5 thoughts on “Vinocamp Rhône”

  1. @gregoire dit :

    Ah tiens, je me souviens aussi de la troisième mi-temps Place de l’Horloge : je rigolais en entendant que ça trollail dur à propos d’un classement de vin-fluenceurs pas très « web friendly » 🙂
    …sans imaginer que le rouquin-barbu-aux-lunettes-vertes allait vraiment aller au bout et se mettre dans la peau de Marc Toesca pour publier *the classement* ^^
    GG!

  2. J’y ai repensé en rentrant de DVR 2013 et me suis dit « pourquoi pas ! »

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