VdV #80 : Le poil, le frisson et A Demûa

Pour faire honneur au thème du dernier Vendredi du Vin en date, sous la présidence de l’honorable David « Abistodenas » Farge, j’ai essayé de me souvenir à quel moment j’avais eu l’occasion d’associer vin et… poils. Autant vous dire tout de suite que cela n’a pas été évident.

J’aurais pu parler des vins qui me hérissent le poil, mais je cherche à ne pas être trop négatif (ici, en tout cas). J’aurais pu parler des (plus en plus) nombreuses étiquettes de vin nature sur lesquels figurent des gens à poil (étonnamment la plupart du temps des femmes, allez comprendre…), mais encore une fois je n’en aurais probablement pas dit du bien. J’aurais pu me remémorer ces moments où le vin m’a fait reprendre du poil de la bête, mais j’aurais eu l’embarras du choix ! Alors… j’ai repensé à un vin qui m’avait donné le frisson, ou la chair de poule, enfin bref fait un peu dresser les poils (des bras, entendons-nous bien).

Ces vins qui produisent chez moi des réactions épidermiques, donc, ce sont les vins dit orange. Cet adjectif qualifie leur couleur, elle-même conséquence d’une macération pelliculaire, c’est-à-dire en présence des peaux, avant de passer au pressoir. C’est le même procédé que pour les vins rouges, qui y gagnent eux aussi leur couleur : en effet en dehors de rares cépages teinturiers, la pulpe du raisin est blanche. Ceci permet de faire des « blancs de noir », des vins blancs issus de raisins noirs, notamment en Champagne.

Cependant cette macération ne modifie pas que la couleur, et les vins orange auront aussi tendance à être plus amers et plus tanniques (ou carrément tanniques tout court, puisque les vins blancs ne le sont généralement pas). La perception en bouche qui en résulte fait appel à notre sens du toucher (eh oui ! la dégustation fait intervenir les cinq sens) et est souvent déroutante. Le cerveau, ayant visuellement identifié un vin blanc, ne s’attend pas à la présence de tannins. De plus ceux-ci peuvent sembler encore plus proéminents du fait de l’équilibre spécifique des vins blancs (par rapport à un vin rouge : typiquement plus d’acidité, moins d’alcool, moins d’anthocyanes–les pigments colorants).

Je ne suis pas, de manière générale, particulièrement fan des vins orange. Soit ils sont plutôt pâlichons, comme le Fontanasanta Nosiola de Foradori, et se rapprochent plus d’un vin blanc traditionnel avec des notes amères ; soit ils sont caricaturaux, déséquilibrés, poussés jusqu’à l’extrême ; soit relativement monolithiques, surtout dans leur jeunesse. Mais (car il y a un mais), quand ils sont (très) bien faits et qu’ils ont un petit peu d’âge…

Cascina degli Ulivi A Demûa 2006 vin orange italie piedmont

L’A Demûa 2006 de Stefano Bellotti est simplement merveilleux. Parler de l’aromatique, de l’abricot, du coing ? Inutile. Mentionner la structure, la dentelle, les tannins raffinés ? Vain. S’extasier sur l’amertume, parfaitement équilibrée, ni secondaire ni dérangeante ? Futile. Non, ce que je retiendrai de ce vin avant tout, c’est le frisson.

Un commentaire sur “VdV #80 : Le poil, le frisson et A Demûa”

  1. gigi dit :

    Enfin de retour sur ton blog , c’est toujours un plaisir de te lire.

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