Une pensée pour Laurence

Je sais que Patrick, le président temporaire des derniers Vendredis du Vin, apprécie la ponctualité, les thèmes connus à l’avance, les copies rendues en temps et en heure et je suis sûr qu’il adore aussi les plans qui se déroulent sans accroc. Pas de bol, il y a toujours quelqu’un comme moi pour jouer au lapin blanc…

En regardant dimanche matin ma liste de tweets favoris, je suis tombé sur ces deux tweets d’Olivier Legrand, que j’avais ajoutés à ma liste dans le but de les retweeter à une date ultérieure (ce que j’ai d’ailleurs fait séance tenante).

J’ai rencontré Laurence Faller pour la première fois il y a neuf ans, lors d’une dégustation chez des amis. La journée fut chargée car nous avions commencé par une horizontale de Saint-Émilion 2000 avant d’enchaîner sur le repas puis une verticale de Riesling Grand Cru Schlossberg Cuvée Sainte Catherine.

Malgré la quantité de vins dégustés (et bus !) ce jour-là, je garde le souvenir d’avoir été en forme et d’avoir pu apprécier chacun des vins à sa juste valeur… mais il faut dire que nous avions évidemment pris notre temps !

Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que vostre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez vostre jeunesse…

Mignonne, allons vois si la rose
Pierre de Ronsard

Je garde de Laurence Faller l’image d’une personne extrêmement charismatique, amoureuse du vin, de sa région et des terroirs alsaciens. Il m’est impossible de réconcilier ce souvenir d’une jeune femme pleine de vie, vigneronne hors pair, se projetant dans l’avenir ; et la réalité actuelle, froide et définitive, de sa disparition.

Je pense aussi à Jean-François Izarn, à Saint-Chinian, qui nous a aussi quitté cette année. Je le revois lors de dégustations, aux quatre coins de Montpellier, servant ses nectars avec une certaine bonhommie bien particulière. Je me souviens m’être retrouvé avec un groupe d’amis canadiens autour d’une bouteille de Midi Rouge lors de Millésime en Languedoc, chacun s’extasiant à son tour dans ce qui reste certainement le plus honnête et le plus juste des hommages.

Dans les deux cas il ne s’agissait pas pour eux de faire des vins pour plaire à certains prescripteurs, il ne s’agissait pas de suivre des recettes ou de surfer sur la vague. Il s’agissait bien de respect, d’héritage, de transmission, de continuité. Les vins et les terroirs leur survivront, comme cela doit être.

Gewurztraminer Faller Domaine Weinbach Vendanges Tardives VT 2004

Je repense à ce Mont-Redon 1978, d’une fragilité déconcertante, qui montre à lui seul, à vingt-cinq, trente-cinq ans d’écart, tout le mal qui peut être fait lorsqu’une appellation entière vend son âme au diable, cède aux sirènes de la facilité, tourne le dos au passé pour satisfaire le diktat d’une minorité. Combien de châteauneuf-du-pape sont encore buvables après dix ans, quinze ans ? Combien ont été sacrifiés sur l’autel du grenache sur-mûri, de la concentration à tout prix, des cuvées body-buildées dans la perspective de glaner de-ci de-là quelques points, quelques accolades ? Je ne lamenterai jamais autant qu’à Châteauneuf-du-Pape de la perte d’un des fleurons du vin français en échange de quelques chimères…

Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure

Chanson d’Automne
Paul Verlaine

Mais revenons à nos moutons : la seconde fois que j’ai rencontré Laurence Faller, c’était chez elle, dans la maison familiale de Kaysersberg. L’accueil dans ce vestibule d’un autre temps ; le passage par les pièces cossues, meublées dans la tradition alsacienne ; la dégustation, entourés de bois et de livres de cuisine ; les discussions infinies sur les vins, la gastronomie, tout cette culture en voie de disparition ; et le retour à une réalité crue dans la remise voisine, le sol brut, les piles de caisse, les petites affaires avant que, tels des abeilles avec des flacons en guise de pollens, nous ne nous préparions à essaimer ces précieuses bouteilles aux quatre coins de l’Europe. Partager, toujours partager, le plaisir de faire découvrir, de faire goûter.

Ce dimanche, donc, je suis descendu à la cave et j’ai choisi une bouteille de Gewurztraminer 2004 Vendanges Tardives du domaine Weinbach. Un cépage souvent décrié, mais que Laurence Faller savait vinifier pour lui apporter toute l’élégance et toute la complexité nécessaire à la création d’un grand vin. Et personne ne s’y est trompé, car nous étions bien en présence d’un grand vin : un vin qui interpelle, qui fascine, mais surtout qui apporte un plaisir incroyable.

Merci, Laurence.

4 thoughts on “Une pensée pour Laurence”

  1. bindner laurent dit :

    Une pensée pour Laurence .Bindner Laurent.

  2. bindner laurent dit :

    Laurence faller une grande rencontre qui pour moi reste juste enigmatique ,avec le recul un grand moment de bonheur. Bindner Laurent

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