Température : l’étiquette à la rescousse

Je suis récemment allé me promener au SITEVI (le Salon International des Équipements et Savoir-Faire pour les Productions Vigne-Vin, Olive et Fruits-Légumes), qui se tient à Montpellier tous les deux ans. C’est l’endroit parfait pour se renseigner sur les équipements, les prestataires de service et bien entendu les innovations–notamment concernant la température de service du vin.

Température et étiquette : une innovation

L’une d’entre elles en particulier a attiré mon attention : grâce à des encres thermochromiques (qui changent de couleur avec la température), la société IPE (Innovaciones Para Etiquetajes) propose d’indiquer visuellement au consommateur que le vin est à la température parfaite pour être dégusté.

Cet effet ne concerne typiquement qu’une petite partie de l’étiquette, qui apparaîtra et disparaîtra (l’effet étant réversible) selon les variations de température. Trois plages de températures sont disponibles : entre 3 et 5ºC, entre 8 et 12º et entre 12 et 15º. Cette technique est donc principalement utile pour des vins mousseux, ou des vins tranquilles blancs ou rosés.

L’intégration a une étiquette existante est tout à fait possible en rajoutant un simple calque pour l’encre thermochromique. Cette solution semble donc très flexible. En voici un exemple sur une contre-étiquette : les traits bleus n’apparaissent que si le vin est dans la plage de températures désirée.

étiquette à encre thermochromique : indication visuelle de la température parfaite de service

 

De l’information à la traçabilité…

Une autre utilisation, qui en tant que consommateur me plaît peut-être encore plus, serait de détecter si le vin a été soumis à des températures trop élevées au cours de sa vie. Il s’agirait cette fois d’une encre thermochromique réagissant au-dessus de 45ºC, avec un effet irréversible. Même si je m’amuse déjà à imaginer de gros messages en rouge s’inscrivant sur la totalité de l’étiquette pour avertir le consommateur, une utilisation plus raisonnable serait probablement l’existence d’un « mouchard » de très petite taille, ne serait-ce que pour la traçabilité.

Il y a 25 ans déjà, l’importateur américain Kermit Lynch s’inquiétait dans ses Adventures on the Wine Route (un livre que je recommande par ailleurs chaudement) du sort réservé aux vins lors de leur voyage transatlantique (sans même parler de ceux qui transitaient par le Canal de Panama…) Entreposés dans des containers sans climatisation, ces vins n’avaient que peu de chances de survivre à des températures souvent largement supérieures à 40ºC, parfois pendant de longues périodes.

Lynch a mis en avant le recours aux reefers, des containers à température stable, que tous les importateurs un tant soit peu sérieux se vantent désormais d’utiliser. Je me suis toujours demandé pourquoi des pastilles thermiques n’étaient pas apparues sur les bouteilles, pour rassurer le client sur le fait qu’il achète bien le vin qu’il pense acheter, et non un produit dénaturé, heat damaged, véritable zombie qui, une fois la première bouteille de la caisse débouchée et le constat posé, passera de mains en mains au gré des ventes aux enchères et autres opportunités de vente de la main à la main…

Il me semble opportun de rappeler qu’au-dessus de 45ºC (et même bien avant, de l’avis de certains), il n’y a pas que l’effet thermochromique qui sera irréversible : le vin aura été irrémédiablement endommagé. Les producteurs consciencieux, les importateurs intègres et les cavistes sérieux ont désormais une solution pour joindre l’acte à la parole, ou put their money where their mouth is, comme aime le répéter les américains. En espérant que cela ne reste pas qu’un vœu pieux…

3 thoughts on “Température : l’étiquette à la rescousse”

  1. J-J dit :

    Si je peux me permettre de répondre à ton intrigue, le Domaine Ponsot a déjà intégré ta suggestion sur ses étiquettes (évidement plus discret qu’un « gros messages en rouge s’inscrivant sur la totalité de l’étiquette »)
    Je ne sais pas depuis quand exactement, mais ce qui est sûr c’est que les Clos de la Roche de 2007 ont une pastille avec un commentaire explicatif permettant de savoir si le vin n’a pas eut de « choc » de températures. Pastilles se colorant irréversiblement !
    A quand une démocratisation de cet outil incommensurablement important pour (te citant) : « rassurer le client sur le fait qu’il achète bien le vin qu’il pense acheter, et non un produit dénaturé ».

  2. J-J dit :

    Après courte recherche, voici un billet sur le site du Domaien Ponsot qui confirme mes dires et précises les tiens (au point de vu de la température d’altération du produit vin) :
    http://www.domaine-ponsot.com/Liste-des-Innovations

    Je recommande particulièrement sa consultation après lecture de cet article.

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