Ma star mondiale ? Le Bourgogne !

Les Vendredis du Vin se suivent et ne se ressemblent pas (d’autant plus quand comme moi on en a sauté quelques éditions). Pour ce millésime #81, Véro du Mas Coris nous propose de parler de notre vin « Star World », à savoir celui que nous aimons faire découvrir quand l’heure est venue de passer la frontière. La question est moins simple qu’elle n’en a l’air et me renvoie inlassablement au même constat : tellement de bons vins, si peu de temps.

Je dois avouer que prendre le contre-pied est un de mes exercices préférés. C’est même une seconde nature. Dites-moi que vous adorez une région, et je m’efforcerai de vous démontrer qu’elle est surcotée, qu’elle se repose sur ses lauriers ou qu’elle décline. Dites-moi que vous la détestez, et je me ferai un devoir de trouver un contre-exemple dans ma cave, de vous prouver par a plus b qu’on y fait les meilleurs vins du monde et que les vignerons y ont plus de mérite qu’ailleurs.

L’heure du choix

Quand je me rends à l’étranger, je vais forcément faire en sorte de m’opposer aux clichés qui caractérisent les vins français. Et choisir ce que je considère comme le vin le plus uniquement français de tous : un simple Bourgogne rouge, en appellation régionale.

Pourquoi ? Tout bonnement parce qu’il est assez rare de trouver des vins rouges présentant très peu de tannins, une forte acidité, une texture en bouche somme toute assez fluette, relativement peu de maturité… et pourtant absolument délicieux, incroyablement aromatiques, avec une longueur défiant la raison.

Bourgogne 2007 Mugneret Gibourg

Et pour en faire la démonstration, je choisis, sans hésiter cette fois, un Bourgogne rouge 2007 du domaine Mugneret-Gibourg (Vosne-Romanée). Il serait évidemment un peu (mais juste un peu) exagéré de prétendre que ce vin est représentatif de son appellation. Je tape bien sûr dans le top du top de ce qui peut se produire en appellation régionale Bourgogne, ce que dans la Côte-de-Nuits on appelle pudiquement « l’autre côté de la nationale » avec ses espaces dévolus aux lotissements, zones industrielles ou commerciales et autres champs de céréales.

La Bourgogne régionale

Si mon auditoire est réceptif, je pourrai enchaîner sur le maillage improbable des terroirs bourguignons, et l’injustice apparente des prix divisés par 10 (ou même 100) dès lors qu’on a la mauvaise idée de franchir l’ancienne RN74 (depuis déchue au rang d’humble départementale). Si ce n’était pas le cas (on ne sait jamais, il y a des gens bizarres sur cette planète), je me contenterai de la satisfaction d’avoir fait découvrir quelque chose de différent. Et surtout d’inimitable, au grand dam des pourfendeurs de la notion de terroir et des innombrables vignerons étrangers qui s’y sont cassés les dents… Dame Nature est revêche et intraitable : le Bourgogne se fait en Bourgogne et nulle part ailleurs.

Le dégustateur se trouvera alors confronté à ce paradoxe récurrent avec les vins de cette région : mais où se cache donc le support permettant à cette incroyable puissance aromatique de s’exprimer ? Comment ce vin a-t-il pu traverser le temps et continuer à vieillir harmonieusement ? Pourquoi diantre ce vin n’est-il pas fichu, foutu, mort et enterré après 8 ans en cave, quand d’autres bien plus costauds, bien mieux armés, qu’on imagine volontiers bien plus aptes à la garde sont déjà des vieillards décharnés, sans substance ni essence ?

Un mot sur le vin

Pour parler du vin proprement dit, ce serait comme d’expliquer le goût d’une orange à quiconque n’en a jamais mangé… Il y a du fruité, mais en retrait ; c’est très floral, mais plutôt sur les fleurs fanées ; les arômes tertiaires apparaissent (encore heureux après 8 ans) ; c’est à la fois très acide et équilibré ; le toucher de bouche est merveilleux, soyeux, délicat ; le tout avec une finale improbablement longue. Le résultat est clairement indescriptible.

Quant au domaine, en dehors d’être un des plus qualitatifs de la région, les 2 soeurs (Marie-Christine et Marie-Andrée) le mènent en lutte raisonnée (ce qui est une autre façon de dire qu’il vaut mieux connaître les vigneronnes que l’étiquette, et vous faire vous-mêmes une idée de leur approche et de leur intégrité) et s’autorisent toutes les manipulations classiques dans leur région. Le vin reste excellent : comme quoi il est toujours hasardeux de confondre philosophie et résultat.

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