Rhône Trip #1 – Les hommes préfèrent les blondes…

2 blogueurs, une 2 CV rouge et blanche, 3 jours le long de la mythique Nationale 7, 300 kms de Lyon à Avignon, 35˚ à l’ombre, beaucoup de belles rencontres et plus de 50 vins dégustés : c’est le Rhône Trip de Guillaume et David, à suivre tout l’été sur vins-rhône.com !

Etape 1 du Rhône Trip de Guillaume et David

Les valises sont bouclées, les appareils photo sont prêts, les petits-dej sont avalés, et nous entendons au loin le doux chant de la Nationale 7 qui nous appelle… Seul hic : prendre en main la bête indomptable qui nous servira de fidèle destrier pendant 3 jours, une sublime 2 CV rouge et blanche (ou plutôt groseille et vanille pour faire poétique). Nous comprenons vite que la conduite de cet engin va nous obliger à an-ti-ci-per, notamment le freinage. Pas forcément évident dans une ville où on rencontre un feu de circulation tous les 100 mètres…

L’autre petit souci qui apparaît rapidement, c’est que la Nationale 7, aussi mythique qu’elle soit, est désormais une route très, très secondaire. Les panneaux indicateurs du centre de Lyon ne pointent que vers des bâtiments administratifs et la sacro-sainte autoroute. Les GPS, eux, cherchent invariablement la route la plus efficace. Malheureusement nous cherchons exactement l’inverse. C’est donc après quelques péripéties que nous parvenons à accrocher la bonne route.

2CV dans la cours du domaine Corps de Loup, vins de Côte-Rôtie et Condrieu

Intermède culturel

Je tiens à mettre immédiatement les points sur les i concernant l’objet de notre voyage. Il s’agira bien entendu de vins, mais aussi de gastronomie, d’art de vivre, de mécanique, d’histoire et… de culture.

Pour vous le prouver, une référence culturelle de haut niveau, là comme ça à froid dès le départ (du moins, si on excepte le titre racoleur) : Cars — Le film.

Oeuvre superbe du début du XXIè siècle, premier opus d’une longue série, cette réalisation des studios Pixar met en scène des bolides anthropomorphes inoubliables tels que Flash McQueen, le héros en quête de rédemption (pour changer) ; Doc Hudson, le champion déchu ; Sally Carrera, la Porsche la plus sexy de l’histoire du cinéma ; et Martin le camion-dépannage à moitié déglingué.

Dans l’extrait que je vous propose séance tenante, nous retrouvons l’histoire de la Route 66, rendue obsolète par l’arrivée de l’Interstate 40, dont le parallèle flagrant avec le remplacement de la Nationale 7 par l’autoroute A7 n’échappera pas au lecteur attentif… (sortez les mouchoirs).

Et pour encore plus de culture, je vous mets l’extrait en anglais (pour la simple et bonne raison que je ne l’ai pas trouvé en français).

Fin de l’intermède culturel

Le contexte étant posé, c’est à une vitesse d’escargot (ça ne roule pas vite, une deuche) que nous nous ruons en direction du vignoble de Côte-Rôtie, première étape du périple. Nous traversons Ampuis pour arriver dans la jolie commune viticole de Tupin-et-Semons, rassemblement des villages de Tupin (en bas) et Semons (en haut). Apparemment les locaux aiment bien faire dans l’originalité. Pour vous situer, c’est en face de Vienne. Non, pas en Autriche. Rien à dire, nous entrons de plein pied dans le monde de la logique et de la raison pure.

Et aussi dans le monde de la syrah, cépage ô combien sympathique (lire : un de mes cépages préférés), le seul cépage rouge autorisé dans les appellations de la partie septentrionale du vignoble rhodanien (aussi connu sous le nom commun de “Rhône Nord”). Pour les blancs, c’est un peu plus complexe : viognier à Condrieu ; roussanne et marsanne ailleurs (ça va, c’était pas trop compliqué quand même).

Sauf qu’à Côte-Rôtie on ne fait rien comme ailleurs, justement. Donc les vignerons ont le droit de mettre jusqu’à 20% de viognier (oui, c’est un cépage blanc) dans leur syrah. À partir de là, comme on peut s’en douter, il y a les pour et il y a les contre. Le principal argument pour, c’est la palette aromatique du viognier ainsi que son acidité ou son amertume. Le principal argument contre, c’est que les deux cépages ne sont pas du tout mûrs au même moment… et qu’ils doivent pourtant fermenter ensemble. Dans la réalité, la règle est probablement issue de la complantation de différents cépages sur les mêmes vignobles, et ensuite à chacun de s’en accomoder comme il l’entend.

Vignoble de Côte-Rôtie et rosiers

L’autre particularité de Côte-Rôtie, c’est la pente. Genre, c’est raide, très raide. Dans le plus pur style mécanisation impossible, torticolis et petites terrasses tenues par des murets en pierre pour que la terre veuille bien rester là où ça nous arrange qu’elle reste.

L’autre autre particularité, c’est la légende du Seigneur de Maugiron, qui aurait selon la version romantique de l’histoire partagé le vignoble entre ses deux filles : La Côte Brune, au nord, et la Côte Blonde, au sud (je ne vous fais pas un dessin pour le choix des noms). La version pragmatique, c’est que l’aire d’appellation est justement coupée en deux géologiquement, avec des micaschistes riches en fer (donc sombres) au nord, et des granits et schistes pâles au sud (là encore, je ne vous fais pas un dessin).

Porte Domaine Corps de Loup, vins de Côte-Rôtie et Condrieu

Outre le fait que cela permet de fournir des noms de cuvées à peu de frais (ne vous ai-je pas déjà dit qu’on donnait facilement dans l’originalité par ici ?), cela m’autorise le superbe titre de ce billet, que je suis désormais en mesure de vous révéler au complet :

Les hommes préfèrent les blondes… mais les brunes comptent pas pour des prunes.

(Ça, c’est fait…)

(Les cinéphiles auront noté qu’il y a bien une blonde ET une brune dans “Les hommes préfèrent les blondes”, sinon en fait il n’y aurait tout simplement pas de film, mais je n’allais pas résister si facilement à une occasion de caser Lio dans un de mes billets !)

Marilyn & Lio

Je voue, depuis une mémorable bouteille de Côte-Brune 1999 des frères Jamet, un culte sans limite aux vins de la Côte-Rôtie. Ce qui m’avait d’ailleurs poussé à m’exclamer à l’époque : “faire des vins aussi délicieux, cela devrait être interdit !” (indice : c’est une boutade)

Parenthèse lyrique

Ce mélange de violette, de bacon et de café… ; ce soupçon de rose sur un caractère plus animal… ; ces tannins d’une finesse incroyable… ; cette finale interminable… ; et surtout ce paradoxe constant de la rencontre entre rusticité et élégance… ce souvenir me hante toujours.

Fin de la parenthèse lyrique

Tristant Daubrée dans son jardin du domaine Corps de Loup - vins de Côte-Rôtie et de Condrieu

Tout ça pour dire, j’étais très content ce jour-là d’aller faire la connaissance de Tristan Daubrée au domaine Corps de Loup (vous voulez une légende supplémentaire ? Oh oui ! Une légende ! Bon d’accord : le dernier loup de la région aurait été tué sur le domaine… mais je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, là, je crois.)

Horaires Domaine Corps de Loup, vins de Côte-Rôtie et Condrieu

Tristan a repris en 2008 le domaine familial de 3 hectares (quasiment tout en Côte-Rôtie et un peu de Condrieu), créé par ses parents en 1991. En parallèle le domaine propose aussi quelques cuvées de négoce (viognier et syrah en vin de pays). Toutes les Côte-Rôtie sont élevées 2 ans sous bois, et l’éraflage est partiel. Pour que j’arrête de vous donner des informations aussi techniques qu’ennuyeuses, tapez 1. Sinon, tapez quand même 1.

Étiquette Côte-Rôtie Corps de Loup 2007

La cuvée Corps de Loup (côte blonde) m’est apparue comme très représentative de l’appellation, avec selon les millésimes un nez plus floral (violette en 2010) ou porté sur les épices et le poivre blanc (en 2011). Dans tous les cas de belles acidités et de belles longueurs pour des vins buvables immédiatement (même si je ne me fais aucun doute sur leur capacité à vieillir harmonieusement).

La cuvée Paradis 2011 (côte brune) est plus sauvage, plus animale avec une structure tannique massive, complétée comme pour la cuvée Corps de Loup par une belle acidité et une finale appréciable. La patience est clairement de mise.

Et finalement la cuvée Marions-les 2011 (dans laquelle apparaît le viognier à hauteur du maximum autorisé de 20%), très surprenante. Comme je l’expliquais plus haut, le viognier est toujours ramassé en légère surmaturité (environ une semaine plus tard que prévu), puisque plus précoce que la syrah. Il ressort étonnamment au nez, et ses arômes dominent en bouche, mais bien évidemment sur une charpente générale de vin rouge. Le résultat est assez déroutant, pour une cuvée qui devra trouver son public.

Service du vin : carafage d'une Côte-Rôtie 2007 du domaine Corps de Loup

Pour terminer cette matinée en beauté, nous gravissons la pente (la 2 CV reste en bas !) pour aller déjeuner au restaurant l’Auberge de la Source, qui se situe juste au-dessus des vignes du domaine. La vue est sublime et mérite le détour. Nous avons choisi une Côte-Rôtie Corps de Loup du millésime 2007 avant de partir, que nous buvons tranquillement à table. Elle est, en un mot, magnifique (quand je vous disais que je ne me faisais aucun souci sur l’aptitude à la garde). Les arômes dus au vieillissement commencent à apparaître alors que le vin conserve la tonicité de sa jeunesse (certes relative). Le résultat est plus que convaincant : David et moi sommes littéralement sous le charme, pour ce qui restera une des plus belles bouteilles dégustées lors de ce voyage !

Carafe de vin Côte-Rôtie Domaine Corps de Loup 2007

Je resterais bien là à regarder le soleil couchant, mais il est malheureusement plutôt à son zénith : il n’est en effet que 15 heures et il est temps de reprendre la route pour une nouvelle aventure !

À suivre… (la semaine prochaine sur le blog de David)

3 thoughts on “Rhône Trip #1 – Les hommes préfèrent les blondes…”

  1. Quel périple!! Merci pour ce bel article qui nous fait voyager depuis notre écran d’ordinateur! A la fois instructif et plaisant à lire, vous nous en apprenez beaucoup!

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