Poujeaux 2002 : Petit éloge de la patience

Poujeaux 2002 : je pense pouvoir affirmer que ce vin a vraiment testé les limites de ma patience et de ma frustration.

J’ai commencé à acheter (accumuler ?) du vin pour de bonnes raisons. L’une d’entre elles étant que mon père avait, un jour de fête, ouvert une bouteille de Bordeaux de plus de 10 ans d’âge. Ce qui me permit de m’apercevoir de deux choses : tout d’abord que j’appréciais beaucoup les arômes des vieux vins ; mais encore que, rapide calcul, si j’en achetais dès cet instant, je pourrais le boire quand j’aurais… 40 ans ? Évidemment à 25 ans cela semble lointain, mais cela me fait sourire désormais que cet âge est dans le rétroviseur !

Certes le millésime 2002 en bordelais ne semblait pas particulièrement prometteur en terme de buvabilité : de facture assez classique, avec des tannins bien présents, un côté un peu revêche… je ne partais pas forcément gagnant sur le court terme en me portant acquéreur d’une caisse de Poujeaux 2002. À l’époque, j’avais en tête d’acheter des bouteilles d’un vin que je pourrais boire en attendant que des flacons plus « sérieux » (et surtout bien plus onéreux) se décident à se montrer sous leur meilleur jour. Un Moulis-en-Médoc me paraissait parfait pour remplir ce rôle, et j’aurais volontiers parié que pas une bouteille ne survivrait après 2010.

Les premiers pas

Dès 2005 je commençais à trépigner d’impatience et ne résistant plus à ouvrir ma première bouteille, je concluais ainsi :

Concentration et tannins ok, très joli fruit, boisé encore présent, facile à boire en ce moment, prêt à être dégusté mais devrait très bien vieillir dans les prochaines années. Très bon rapport qualité-prix.

Je passe sur le rapport qualité-prix qui reste toujours (encore plus) subjectif (que le reste), ayant payé cette bouteille 17 euros je ne me sentais pas particulièrement lésé. On notera le style très direct d’une note de dégustation destinée à ne jamais être publiée, simplement quelques indicateurs pour mon moi futur…

Par la suite, les choses se sont malheureusement gâtées. Le vin (de garde) a souvent des phases, et alors que je m’attendais à une période optimale de consommation entre 5 et 10 ans, je fus amèrement déçu. Tannins envahissants, verdeur, fluidité aqueuse, finale sèche et peu plaisante. Mes déceptions auraient pu être nombreuses si je n’avais eu le bon réflexe de… ne rien faire, tout bêtement.

Me pliant de bon gré aux préceptes non-interventionnistes de mes vignerons préférés, je laissai le temps au temps. De toute façon, qu’avais-je à perdre ? Le vin ne me plaisant pas à ce moment précis, autant faire preuve de patience et espérer que les choses allaient s’améliorer.

Château Poujeaux 2002 Moulis-en-Médoc Bordeaux

Hier soir, j’avais envie de Bordeaux. Si vous avez l’impression que je précise cela car c’est suffisamment rare pour être signalé, vous aurez raison. Après un rapide inventaire des forces en présence, je jetai mon dévolu sur ce fameux Poujeaux 2002.

La récompense

Et là… alléluia (façon de parler, bien entendu). Il est (enfin !) parfaitement en place, les tannins sont devenus délicats, l’aromatique digne de ce qu’on pourrait attendre de cette appellation, la finale sympathique, une belle acidité venant soutenir le tout. C’est le vin que je voulais, enfin que j’aurais voulu il y a 5 ans au moins, bref une bouteille qui ne traînera pas longtemps sur la table.

J’ai déjà eu l’occasion de faire l’éloge de la patience, à plusieurs reprises. Il n’aura fallu « que » 13 ans d’attente à ce Poujeaux 2002. D’où l’importance de commencer… « jeune » !

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