Petite soirée entre amis

Même si je ne leur fais pas l’honneur de m’intéresser à ce qu’ils disent, il m’est difficile d’ignorer que nos amis hygiénistes redoublent d’efforts en ce moment. La diabolisation est une recette qui marche et les médias sont des complices de rêve… quiconque était vivant dans les années 80 et écoutait du hard rock en s’amusant avec des jeux de rôle saura de quoi je parle. On pourrait espérer que tous ces pseudo-journalistes ne soient pas aussi cons que Mireille Dumas dans l’organisation de leurs (d)ébats, mais cela restera malheureusement voeu pieux.

Pourquoi suis-je en train de vous parler de ça ? Tout simplement car j’ai rejoint hier soir trois comparses dans un bar à vin de la capitale. Trois blogueurs autour de la table (plus une brebis égarée sacrificielle consentante) et pourtant nous n’étions pas en mode prise de photo à tout va (d’ailleurs il n’y en aura pas dans ce billet), live tweeting, prise de notes et autre type de branlette intellectuelle 2.0. Non, je vais être franc : nous étions réunis pour partager quelques bonnes bouteilles et discuter de la vie, de l’univers, et du reste. Point.

Domaine Terre des Chardons - Cuvée "Marginal"

Bon en fait si y a une photo, c’est juste que c’est beau, ces tâches de vin sur l’étiquette.

Certains, piaffants d’impatience, étaient arrivés en avance et avaient entrepris de descendre une bouteille de Sylvaner de chez machinchose (ou peut-être de chez trucmuche) qui ne m’a pas laissé un souvenir impérissable mais on s’en fout : c’était une bonne entrée en matière et ça allait bien avec le pâté, on va pas en faire tout un roman.

Étant l’invité du jour, on m’a proposé d’ouvrir le bal en allant choisir une bouteille. Qui va piano va sano (et j’emmerde au passage les amateurs de grammaire italienne), mon dévolu s’est porté sur une bouteille de Marginal du domaine Terre des Chardons (un producteur bio du Gard qui fait du bon boulot). C’était du 2012. Ou du 2011. Bref, ça sentait la réglisse avec une pointe de végétal et nous avons passé moins de temps à boire la bouteille qu’à l’attendre (faut dire aussi, nous avons été un peu cons sur ce coup-là, on a demandé à un serveur au lieu d’aller se servir comme des grands). C’est bon, c’est pas cher, c’est parfait.

À suivre, une bouteille d’un producteur dont j’ai beaucoup entendu parlé mais que je n’avais jamais eu l’occasion de goûter : Monsieur Arena, de Corse. Je me rappelle que c’était un 2009 et que le nom de la cuvée contenait le mot Grotte. Débrouillez-vous avec ça. Y avait écrit Patrimonio sur la bouteille, mais mon inculture crasse m’a empêché d’en tirer une quelconque information utile. Vous me direz, c’est toute la beauté du système des AOC (ok, ok, des AOP, whatever).

Le patron nous a prévenu que cette bouteille se présentait plus ou moins bien selon les jours, la pression atmosphérique, la position relative de Saturne et de Vénus et l’activité sexuelle de son chat. Comme on avait pas le temps de faire un thème astral (mais après avoir tout de même vérifié que nous étions bien en jour fruit, on est jamais trop prudent), on a simplement retiré le bouchon, c’est quand même plus pratique pour servir. Dans mes souvenirs même pas brumeux, le premier nez sentait le cul, et la bouche était perlante. Ça aurait été plus simple de l’appeler la cuvée Félicie (je mets le lien pour les djeunz). Je suis un peu méchant, mais on était loin de la perforation de slip (y en a qu’ont de ces images, j’vous jure) à laquelle un des participants faisait référence en se remémorant une bouteille de blanc du même producteur. Il aurait peut-être fallu attendre. Il aurait peut-être fallu carafer. Il aurait peut-être fallu ouvrir ça un autre jour. Il aurait peut-être fallu que ce soit bon. Avec des si, on mettrait Paris en bouteille…

Au suivant ! Des yeux acérés (et sur-entraînés) avaient repéré une bouteille d’Olivier Cousin du millésime 2004. Je vais me permettre d’être catégorique : y avait du Cabernet Franc dedans. Et je précise que je l’avais deviné avant même de voir qu’il était écrit « Franc » sur l’étiquette. Que voulez-vous, c’est ça d’être un dégustateur chevronné. Méditez, bande de petits scarabées (allez bîm, encore une référence à deux balles que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître). À ce moment du repas, nous étions déjà bien repus, on a donc ouvert cette bouteille (j’aurais pu dire flacon pour éviter la répétition mais j’ai décidé de ne pas faire dans la littérature aujourd’hui) juste pour le plaisir. Car les précédentes, ce n’était pas juste pour le plaisir, c’était d’utilité publique (enfin, à peu près autant que les associations hygiénistes à la noix qui se gavent avec l’argent du contribuable pour aller raconter leurs salades à la radio). Bah oui, d’utilité publique, on allait quand même pas accompagner notre charcutaille avec de la flotte, bon sang de bonsoir !

Or donc, je dois quand même avouer qu’on a un peu fait nos geeks avec cet OVNI de Monsieur Cousin. Mise récente ou preuve qu’un vin naturel peut parfaitement veillir ? Fût neuf ou pas ? Pour ma part j’aurais dit que ça ressemblait quand même bien à un Cabernet californien moderne à souhait, mais avec une tonne d’acidité en plus et carrément plus gouleyant. Mais bon à force de faire dans le descriptif, je vais finir par devenir encore plus chiant qu’un critique avec ses notes de dégustation bien calibrées, bien scolaires comme il faut. J’en reviens donc aux bases : c’était bon, très bon même. On en demandait pas plus.

La cloche imaginaire retentissant, il était temps de passer notre dernière commande. Une petite cinquième pour la route… on s’en fout on rentrait tous en transports en commun, faut bien que la capitale ait quand même un intérêt de temps en temps ! En plus je venais de commander une ultime portion de lard de colonnata, que j’ai du de surcroît manger seul suite à l’abandon du navire par mes amis d’un soir (et plus si affinités) qui n’ont pas encore bien intégré le fait que « le gras, c’est la vie » (source : Évangile selon Saint Karadoc).

Tavernier, à boire ! Chinon. Les Roches. 2006. De Jérôme X. Retenir le nom du producteur c’est pour les petits joueurs, ce qui compte c’est la mémoire photographique des étiquettes. Et en parlant d’étiquette, celle-là était moche à souhait, ça mettait tout de suite en confiance. Le serveur m’a regardé m’amener avec cette bouteille d’un oeil dubitatif et torve (personne sait ce que ça veut dire mais ça fait classe) : « vous êtes sûr, là ? Y a pas de fruit là-dedans, c’est austère ». Ça tombe bien, j’aime pas les fruits. Et si j’en avais voulu, j’aurais commandé de la compote. Bref, ça m’a bien plu, et la description du serveur correspondait bien. Mon travail ici est donc fait, merci au revoir et n’oubliez pas le guide. J’aurais bien ajouté que c’était minéral juste bien comme il faut, mais comme les sommités du mondovino nous enseignent que la minéralité, ça n’existe pas, je voudrais pas que vous pensiez que j’avais trop bu et que j’invente des trucs. Ça ferait tâche.

Conclusion ? Y a pas de conclusion. J’ai passé une bonne soirée (les autres je sais pas, faudra leur demander). La note était raisonnable. Y a pas eu de lendemain difficile sinon je ne serais pas en train d’écrire ce billet. On aurait bien invité un ou deux hygiénistes, mais je crois qu’on se serait fait chier. Je trouve ma joie dans le lard et le vin, j’espère qu’ils trouveront la leur dans la satisfaction de mourir en bonne santé.

Ah oui et au fait, ça se passait au Siffleur de Ballons.

2 thoughts on “Petite soirée entre amis”

  1. guilarock dit :

    Première fois que je lis ton blog. Style Rapide, tranchant. Juste excellent.

  2. Merci pour le compliment. Et je ne suis pas insensible au basket (mais SpursNation plus que KnicksNation), il y a quelques années j’avais même écrit ça : http://www.48minutesofhell.com/the-frenchness-of-tony-parker

    D’ailleurs cela doit être le premier article sérieux que j’aie écrit en anglais avant que cela ne devienne mon métier.

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