Nocturne aux Mas Belles Eaux

Plaque fer forgé - enseigne du Mas Belles Eaux, Caux, Languedoc

Le Mas Belles Eaux est situé à quelques kilomètres à peine de chez moi, mais il m’aura pourtant fallu plusieurs années avant de leur rendre visite. Évidemment, habiter au beau milieu d’une région viticole particulièrement morcelée ne simplifie pas forcément la tâche !

Plaque fer forgé - Logo du Mas Belles Eaux, Caux, Languedoc

Une des raisons pour laquelle je n’avais pas placé ce domaine très haut dans ma liste des priorités tient au fait qu’il est la propriété d’AXA Millésimes. Non pas que je m’attende à une corrélation négative avec la qualité des vins : j’ai d’ailleurs déjà parlé ici de Disznókö, une autre des propriétés du groupe, et je connais suffisamment les vins de Pichon-Longueville Baron (à Pauillac) ou du domaine de l’Arlot (à Nuits-Saint-Georges) pour ne pas me faire de souci à ce sujet. C’est juste que j’essaye souvent de parler de domaines plus petits, plus artisanaux, avec des philosophies de production différentes. Et surtout, j’aime rencontrer les personnes qui font le vin, ce qui n’est pas toujours évident dans de grosses propriétés où les responsabilités sont souvent réparties entre de nombreux acteurs.

Portrait de Cédric Loiseau, régisseur du Mas Belles Eaux, Caux, Languedoc

J’ai rapidement changé d’avis après avoir discuté avec Cédric Loiseau, le régisseur du Mas Belles Eaux. Cela m’a rappelé de nombreuses conversations avec d’autres régisseurs qui m’avaient déjà prouvé qu’il n’est nul besoin d’être propriétaire des vignes pour s’en occuper avec le même soin et être habité par la même passion que bien des vignerons (sinon plus !) Comme d’habitude il est impossible de généraliser.

Le poste de régisseur reste tout de même très particulier, tant il peut sembler difficile de prime abord d’attendre le même engagement et le même investissement de la part d’une personne qui reste, malgré tout, un employé, en comparaison d’un vigneron qui possède sa propre affaire. Identifier de telles personnes, les motiver ou encore s’assurer de leur implication à long terme sont certainement parmi les responsabilités les plus importantes de Christian Seely, le patron d’AXA Millésimes, et de bien d’autres propriétaires qui désirent confier les rênes de leur exploitation à une personne extérieure.

Le portail du Mas Belles Eaux, Caux, Languedoc

Pour revenir au Mas Belles Eaux, c’est un domaine de taille plus que respectable, même à l’échelle du Languedoc, avec 100 hectares dont 75 plantés en vignes. Les parcelles sont placées, selon leur localisation et leur encépagement, principalement en AOP Languedoc-Pézenas et en IGP Pays d’Oc. Comme certaines parcelles (quelques hectares) sont en AOP Languedoc, c’est cette appellation qui a été retenue par le domaine. C’est peut-être dans ce genre de cas que l’on voit les limites des AOP par rapport au domaine eux-mêmes, alors que l’AOP Languedoc-Pézenas aurait certainement besoin d’une locomotive supplémentaire…

Cuve du Mas Belles Eaux, Caux, Languedoc

Pour ce qui est de la philosophie, nous sommes ici dans une approche relativement technique au vignoble, avec de la lutte raisonnée (une quinzaine d’hectares sont travaillés en bio), 50 hectares irrigués, des sondes pour mesurer différents indicateurs dans les parcelles en temps réel… Et je me dis que parfois l’accès à ces technologies doit aussi jouer dans la motivation de certains régisseurs qui trouvent dans ces domaines des moyens inaccessibles dans des exploitations de taille plus modeste.

Cuvée "Les Coteaux" Languedoc blanc 2013 et plateau d'huîtres, Mas Belles Eaux, Caux, Languedoc

Parlons un peu des vins. Tout d’abord le premier millésime du Languedoc blanc « Les Coteaux » 2013 du Mas Belles Eaux (80% grenache blanc, 20% clairette) qui m’a d’autant plus plu que je l’ai trouvé atypique : un vin très sec avec un joli fruit croquant, droit et presque austère, avec une belle fraîcheur. Difficile, sans pouvoir remonter dans le temps, de percevoir l’effet exact du millésime. À suivre…

Le rosé du Mas Belles Eaux, Caux, Languedoc

Côté rouge, en dehors des vins de cépage en IGP Pays d’Oc, deux cuvées en AOP Languedoc : la cuvée « Les Coteaux » et la cuvée « Sainte-Hélène ». Le Mas Belles Eaux actuel vient de la fusion de deux domaines viticoles : d’une part l’ancien Mas Belles Eaux, d’autre part le domaine de Sainte-Hélène, d’où le nom de cette seconde cuvée. À noter aussi un rosé délicieux, très bon rapport qualité-prix.

Chai à barriques du Mas Belles Eaux, Caux, Languedoc

Je me suis intéressé en particulier à la cuvée « Les Coteaux » avec une verticale de 2007 à 2010 riche en enseignement. Le 2007 (70% syrah 20% grenache 10% mourvèdre) est marqué par le bois (bien que 50% de l’élevage soit en cuve), notamment américain qui apporte des arômes de vanille et de noix de coco, ainsi que des tannins d’un grain moins fin que le bois français. Je précise que je ne dis pas cela pour dénigrer particulièrement ce type de bois : j’ai simplement eu l’occasion de faire une dégustation très instructive du même vin élevé dans différentes barriques chez Séguin-Moreau lors du dernier SITEVI, et j’ai reconnu la présence de bois américain sur cette cuvée sans que cela ne soit indiqué. Soit c’est encore un coup de bol, soit le bois américain marque vraiment, vous en tirerez la conclusion que vous voulez. Le vin lui-même possède une belle matière, un fruit mûr sans être fatigant et un bel équilibre en bouche… mais trop difficile pour moi d’ignorer l’élevage.

Portrait de Cédric Loiseau, régisseur du Mas Belles Eaux, Caux, Languedoc

Le 2008 s’est révélé plus à mon goût (c’est ça d’être accro à l’acidité !) même si l’élevage est sensiblement similaire. J’ai trouvé le boisé moins présent, et le vin plus nerveux, avec un beau fruit juteux, un nez plus complexe, et une fraîcheur qui donne envie d’y revenir.

Bassin multicolore du Mas Belles Eaux, Caux, Languedoc

Le couple 2009-2010 fait suite à un changement dans l’élevage (50% vieilles barriques de Pichon Baron, 50% cuve) et dans l’assemblage (on passe à 60% syrah 30% grenache 10% mourvèdre). Là encore une préférence marquée de ma part pour le 2010 (un millésime bien équilibré) par rapport au 2009 (un peu trop mûr et exubérant pour moi), et c’est ce qui faisait tout l’intérêt de cette dégustation : pouvoir choisir les vins qui me plaisent plutôt que de me baser sur des notes de dégustation ou (encore pire) des points. Tous les vins sont en vente au domaine au prix de 12 euros et c’est l’occasion pour chacun d’organiser une mini-verticale pour mieux cerner son propre goût.

Inscription en pierre du Mas Belles Eaux, Caux, Languedoc

Quant à la cuvée Saint-Hélène, je préfère souvent les vins du sud un peu moins travaillés, avec un peu moins d’élevage, mais les deux millésimes présentés (2007 et 2009) étaient néanmoins délicieux, et un 2009 bu à table en famille a conquis tout le monde. Encore une fois c’est une question de goût et la dégustation s’impose !

Soirée Nocturne au Mas Belles Eaux, Caux, Languedoc

Je termine sur une initiative très sympathique du domaine : l’organisation tous les mercredis soirs de Nocturnes avec une sélection de tapas (assiettes généreuses !) et les vins du domaine. La prochaine soirée aura lieu le 20 août avec une animation musicale. De quoi passer une soirée relaxante sous les arbres, en dehors du temps, dans un petit coin de paradis…

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