Ne gamay dire jamais…

Si on me demandait, à brûle-pourpoint, les 2 choses que j’aime le moins dans le vin, je répondrais probablement : le gamay et la macération carbonique. Autant vous dire que l’excitation qui entoure traditionnellement le 3è jeudi de novembre a franchement tendance à me laisser de marbre…

Le gamay, c’est le cépage typique du beaujolais, même s’il est utilisé ailleurs comme nous avons le voir dans 2 minutes. La macération carbonique, c’est un procédé de vinification magique, aussi typique du beaujolais, qui transforme un vin potentiellement sublime et unique en un truc avec un vague goût de fruit frais qui ressemble exactement à tous les autres vins faits en ayant recours à cette technique. En général la macération carbonique est utilisée dans le but de sublimer le terroir… surprise ! Le verbe sublimer étant bien entendu à prendre ici au sens qu’il avait au XIIè siècle, c’est-à-dire celui d’annihiler.

Mon but n’étant pas aujourd’hui de vous parler de cela, je vous renvoie au merveilleux billet de Sand sur le beaujolais nouveau, ça m’évitera de perdre du temps en répétitions inutiles. Et je l’entends déjà me dire (enfin, me hurler dessus, si vous connaissez Sand) : « C’EST PAS PARCE QUE T’AIMES PAS QU’IL FAUT EN DÉGOÛTER LES AUTRES !!! » et elle n’aurait pas tort (même si c’est pas bon). Pour me faire pardonner je vais quand même vous refiler le tuyau de mon pote Amaury qui commercialise le Beaujolais Nouveau Villages P-U-R, que même Olif il dit que c’est bon, z’avez qu’à voir comme ça doit être imbuvable ! (pas taper ! pas taper ! pfff, si on peut même plus rigoler…) En plus je risque fort d’être obligé d’en ingurgiter vendredi soir, alors faut pas trop que je fasse le malin.

Carte de l'AOP Saint-Pourçain

Bon, trêve de plaisanterie, passons aux choses sérieuses : Saint-Pourçain.

Ah ça rigole moins là, hein ?

Mais si enfin, Saint-Pourçain-sur-Sioule, dans l’Allier. Franchement si vous ne connaissez pas c’est que vous êtes vraiment nuls en géo normaux. L’Histoire, peut-être ? Le Bourbonnais ? Non ? Bon, je vous aide : entre Clermont-Ferrand et Moulins. Là, forcément, vous situez tout de suite mieux ! Comment ? Toujours pas ? Plus simple : tracez mentalement une ligne droite allant de Barcelone à Bruxelles, et ben c’est pile au milieu. Je savais bien qu’on allait finir par y arriver…

À Saint-Pourçain, donc, on fait du vin. Y a du blanc, à base de tressalier (un cépage local qui devrait le rester), chardonnay et sauvignon blanc. Y a du rouge aussi : pinot noir et gamay (le lecteur attentif devrait commencer à voir où je veux en venir). Assemblage obligatoire, une tradition qui remonte loin puisque historiquement héritée d’une décision à peu près unilatérale de l’INAO dans les années 80. C’est vous dire si l’on ne rigole pas avec la tradition dans le coin, après tout c’était quand même le vin de table des rois Bourbon (comme quoi le copinage, y a que ça de vrai!)

Le rosé quant à lui est 100% gamay, en revanche, mais ça c’est surtout pour les questions pièges des examens de sommellerie, car il faudrait quand même être pas mal pervers pour aller jusqu’à Saint-Pourçain chercher du rosé.

C’est Corinne Laurent, du domaine éponyme, qui m’a fait le plaisir (et l’honneur et l’avantage) de me faire découvrir l’appellation. Et même si je n’ai retenu que la moitié de ce qu’elle m’a dit parce que j’avais faim j’étais pressé c’est comme ça et pis c’est tout, je tiens à préciser que toutes les potentielles erreurs présentes dans ce billet sont entièrement de sa faute. Ça lui apprendra.

L’AOP Saint-Pourçain (oui on dit bien AOP et plus AOC, faut se mettre à la page) couvre seulement 640 hectares. C’est 1/5è de la surface de l’AOP Châteauneuf-du-Pape, par exemple, ou la moitié de celle de l’AOP Pauillac. C’est pour vous dire si vous aviez aucune chance d’en avoir entendu parler. Je passerai sous silence le fait que tous les amis à qui j’ai dit que j’allais m’y arrêter m’ont répondu : « ah oui je connais un bon producteur là-bas, je m’y arrête sur la route des vacances » (car oui j’ai visiblement des amis qui habitent dans le sud et vont en vacances dans le noooooord — et qui achètent du Saint-Pourçain, je ne sais pas quelle conclusion il faut en tirer !) Bref, j’ai vraiment eu l’impression de passer pour le dernier des cons. Vous me direz, une fois de plus une fois de moins… Certes, mais quand même. Et c’est grâce à moi que vous pourrez briller en société avec un « je connais un petit producteur du côté de Saint-Pourçain-sur-Sioule qui produit un vin absolument aaaaadmiraaaable ». Ça vous placera direct dans la catégorie des gens qui en connaissent un rayon dans un domaine dont personne n’a rien à carrer, ce qui peut être pratique si vous avez souvent des mercredis soirs de libre…

Domaine Laurent - Saint-Pourçain - rouge cuvée Calnite

Mais revenons à nos moutons. Entre toutes les bonnes choses que vous pourrez déguster au Domaine Laurent, il y a en rouge la cuvée Calnite, sur un terroir calcaire-granit (je vous laisse 2 secondes pour comprendre). Et ça, c’est vraiment de la balle. À la fois puissant et élégant, avec juste la pointe (30%) de pinot noir qui va bien pour que ça ne sente pas trop le gamay (je suis taquin), c’est long, c’est fin, c’est bon… et ça… J’A-CHÈTE ! (euh.. non… en fait on va dire que j’ai pas dit ça, veuillez excuser ce court moment d’égarement)

Voilà, tout ça pour vous dire, y a une dame à Saint-Pourçain qui a un super-pouvoir pas piqué des hannetons : elle m’a fait goûter du gamay, et j’ai bien aimé. Et ça, ça m’arrive pas tous les jours…

Domaine Laurent - Saint-Pourçain - Corinne Laurent

Tout est de sa faute, je vous dis !

Note de bas de page : si vous voulez boire du Saint-Pourçain à Paris 11è (des fois que vous fassiez partie de ces lecteurs malchanceux pour qui j’ai toujours une pensée quand je sors sur ma terrasse et que j’admire le ciel cleu et ensoleillé), y a un endroit parfait pour ça, où de plus on mange bien et pas cher : La Ravigote. Formule entrée + plat + dessert à 15.50 euros le midi, les ravioles à la crème à l’ail sont terribles. La spécialité de la maison étant bien entendu la Tête de veau ravigote dont Greta Garbure nous parle justement aujourd’hui ! Et vous pourrez aussi y boire du Saint-Pourçain à la ficelle, dans la plus pure tradition Saint-Pourcinoise. La vente de vin à la ficelle est un concept marketing selon lequel tu ne bois que le vin que tu as effectivement bu (mesuré grâce à une ficelle) mais en fait on s’en fout car même avec les meilleures intentions du monde on finit la bouteille de toute façon et la ficelle sert à rien mais bref. Voilà. C’est fini.

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