Mon auberge de jeunesse préférée

Ayant eu la chance de voyager de par le monde, j’ai fréquenté bon nombre d’auberges de jeunesse. Certes, dormir dans un dortoir n’est pas du goût de tout le monde, et les sanitaires partagés sont certainement en-deçà du niveau de confort minimum de certains. Mais le prix est généralement modique, on y trouve wifi gratuit et ordinateurs en libre-service, le petit-déjeuner est compris ainsi que l’accès à une cuisine où faire sa tambouille, et on y rencontre surtout quantité d’autres voyageurs qui n’attendent que de partager leurs expériences et prodiguer les meilleurs conseils. À tel point que je ne me suis plus jamais servi d’un guide de voyage, tant il suffit d’apprendre à poser les bonnes questions aux bonnes personnes.

Le rapport avec le vin ? Un peu tiré par les cheveux, mais le salon Millésime Bio me rappelle ces fameux hostels. Le décor est spartiate, mais efficace et équitable. Pas de préférences, tout le monde est logé à la même enseigne, les « petits » comme les « grands » : une table avec une nappe blanche, deux chaises, des verres. Tout a été pensé pour le confort du visiteur : toujours des verres propres à disposition (même si les casiers de ravitaillement m’ont rappelé les cantines de ma jeunesse) ; deux énormes crachoirs (en forme de bouteille, le souci du détail) de chaque côté des tables ; des bouteilles d’eau à portée de la main ; des ordinateurs (connectés à internet !) en libre-service ; le code wifi clairement indiqué et accessible à tous ; la signalisation générale visible et claire ; et surtout pas de ces immondes stands, portants et autres artifices de théâtre destinés à impressionner le chaland, et accessoirement à encombrer la vue. Ce qui, couplé à une distribution aléatoire des appellations, permet aux vignerons de discuter, de partager et de faire connaissance avec leurs voisins (on ne dira jamais assez grand bien d’aller voir un peu ailleurs).

Millésime Bio 2013

Bien qu’ils se déroulent au même endroit, on ne peut imaginer contraste plus marquant qu’entre Millésime Bio et Vinisud. Car Vinisud, c’est l’opposé, c’est le palace. Et pas celui de l’imagination ou des Relais & Châteaux, mais bien celui de ces hôtels 5 étoiles pour hommes et femmes d’affaire que j’ai eu l’opportunité (le malheur ?) de fréquenter dans une autre vie. Ici tout n’est que luxe, calme et volupté… du moins sur le papier. Dans la réalité, chacun est enfermé dans sa chambre, n’adresse la parole à personne et le moindre service est en sus. Je me rappellerai toujours de mon passage par un de ces édifices classieux, policés et sans âme du centre de Stockholm. C’était peu après le 11 septembre 2001 et un agent de sécurité de l’aéroport m’avait confisqué mon rasoir (c’était à l’époque où le mot rasage avait encore un sens pour moi !) J’en demandais un à l’accueil : on me proposa un rasoir jetable basique (mais pas de mousse à raser), sans oublier bien entendu de me le facturer. Un chemise à repasser ? Pas de problème, vous allez dans cette pièce, il y a une planche et un fer. Quel ne fut pas mon soulagement quand une collègue m’informa qu’il y avait eu un souci de réservation et qu’il faudrait que je termine mon séjour dans un hôtel « de moindre catégorie, je suis désolée ». Mieux pour moins cher, je l’ai rassurée en précisant que je ne voyais pas matière à être désolé.

De Vinisud 2012 je me rappelle surtout avoir passé la moitié de mon temps à courir après un verre d’eau ; et l’autre moitié la tête en l’air à chercher désespérement des toilettes (ces deux actions étant bien entendu corrélées). C’était évidemment après qu’une hôtesse d’acceuil m’eut appris qu’en tant que visiteur lambda, je n’aurais pas accès au wifi. Mais avant de rire un peu avec un célèbre producteur provençal qui, trouvant le stand déjà bien assez cher, n’avait pas souhaité céder au racket des verres propres (en sus, je vous le dis, toujours en sus) et devait donc aller laver ses verres au point d’eau de la salle, une fontaine en métal posée dans un coin, sans même une table à proximité.

C’est sûr que Vinisud c’est grandiose, ça en jette et ça doit impressionner les VIP… mais pour le visiteur lambda, ça laisse un peu à désirer. Les accords feutrés riment probablement mal avec franche camaraderie. Dans cette histoire, difficile de distinguer le gueux du puissant… Et c’est certainement le principal écueil que devra éviter Millésime Bio dans le futur, comme par exemple ce cocktail vigneron où l’on se tapait dans le dos et qui se transforme peu à peu en soirée de gala lisse et insipide. Bon acteur, mauvais rôle. Pendant ce temps, c’est avec joie que je m’en suis allé me promener, fin janvier, dans les allées de la 20ème édition de mon auberge de jeunesse préférée.

2 thoughts on “Mon auberge de jeunesse préférée”

  1. Ghislaine dit :

    Contente de te lire à nouveau , très bon article

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