Les trophées du vin 2014 de la RVF

Cette noble publication qu’est la Revue du Vin de France (en fait je dis ça pour être poli mais je n’en sais rien puisque je ne la lis pas) nous gratifie chaque année des trophées du vin, récompensant des membres de la filière viti-vini dans différentes catégories. Je ne vais pas toutes les commenter, tant certaines ne le méritent pas (le meilleur hypermarché ? pardon ?) tandis que d’autres ne me concernent aucunement (oenotourisme, caviste, carte des vins…)

Même si j’ai été surpris d’apprendre récemment que le tirage de la RVF n’était que d’environ 40.000 exemplaires, elle reste pourtant le magazine principal du PVF (Paysage Viti-vinicole Français), même si la concurrence s’organise (Terre de Vins, Bourgogne Aujourd’hui…) Quand je pense qu’une publication de niche comme Casus Belli (s’intéressant aux jeux de rôle et de simulation) paraissait à 100.000 exemplaires à la grande époque (1985-1992), cela donne à réfléchir. En même temps, je lisais Casus Belli alors que je ne lis pas la RVF (ni aucun autre magazine), je suppose qu’internet a vraiment fait du dégât. J’aimerais bien connaître le tirage de la RVF en 1990…

Mais revenons à nos moutons…

L’homme et la femme de l’année : Audrey Bourolleau et Joël Fourgeau (Vin & Société)

Difficile de trouver quoi que ce soit à redire à cette sélection, même si je suis sûr que quelques vieux grincheux ne s’en réjouiront pas. J’ai tendance à être pragmatique, comme je l’ai expliqué dans mon billet « Ce qui me saoule vraiment« , et j’étais donc vraiment content de voir ENFIN quelqu’un se rebiffer face à l’hégémonie hygiéniste, notamment dans la presse grand public. Alors, certes, et comme il est de coutume chez nous, les bonnes volontés sont toujours mal récompensées et une minorité s’est efforcée de chercher des poux à Vin & Société pour leur initiative. Légitimité, financement, représentation, stratégie, buzz sans lendemain… la critique est facile, mais quand il s’agit de se bouger les fesses c’est autre chose. Les mouvements fédérateurs, rassembleurs, sont quasi-inexistants dans le monde du vin : il aurait été trop beau de penser que tout le monde allait pour une fois pousser dans le même sens. Néanmoins cette campagne a été un succès, que je mesure au nombre de personnes ne s’intéressant que de très loin au vin et m’en ayant parlé.

Évidemment il reste beaucoup à faire, comme je le soulignais en conclusion, et j’aimerais que Vin & Société continue à essayer de pousser le faible avantage acquis pour faire progresser ce sujet sur le plan politique. Mais ce n’est en aucun cas une raison pour bouder le plaisir de voir les prohibitionnistes et autres pères la morale fermer ne serait-ce qu’un instant leur claque-merde.

Les vignerons de l’année : Yves et Jean-Pierre Confuron

Entendons-nous bien : je n’ai rien pour, ni contre, les frères Confuron. Ils font apparemment un travail admirable (ou du moins c’est que la RVF nous répète à chaque opportunité – un ami m’ayant collé leur classement des domaines de Bourgogne pour me demander ce que j’en pensais), je ne les connais pas mais je suis tout à fait disposé à le croire. Ils sont aussi consultants auprès d’acteurs importants de la Bourgogne (maison Chanson pour l’un, domaine de Courcel pour l’autre). Bref, pourquoi pas.

Sauf que. Sauf que je ne comprends pas très bien ce que cela veut dire, « vigneron de l’année », et qu’en prime ce n’est pas expliqué en termes clairs. J’aurais donc imaginé un vigneron s’étant distingué d’une façon ou d’une autre lors de l’année écoulée, avec la caution de la RVF. Que l’on soit d’accord ou non avec leur démarche, cela aurait pu nous amener vers Olivier Cousin ou Emmanuel Giboulot (pour prendre deux des noms ayant défrayé la chronique en 2013) ou encore le vigneron-acteur murisaltien Jean-Marc Roulot (ce ne sont que quelques exemples…)

Pour ma part, je pensais qu’il y avait un candidat tout trouvé : Laurent Ponsot.

La raison ne sera peut-être pas évidente pour mes lecteurs, et j’ai envie de dire : malheureusement. Malheureusement, oui, car l’histoire abracadabrantesque à laquelle il s’est retrouvé mêlé outre-Atlantique n’a trouvé que peu d’échos dans nos médias. On le voit d’ailleurs à la qualité des articles de la RVF elle-même sur le sujet, comme celui-ci, où l’on trouve encore un vestige de « Laurent Roumier » (« du domaine du même nom »), qui n’en demandait probablement pas tant. En Bourgogne il faut faire attention aux prénoms : Christophe, Georges, Laurent, Hervé… tout cela est bien compliqué. Il s’agissait bien entendu de Christophe Roumier, du domaine Georges Roumier, même si ce n’était visiblement pas évident pour le pigiste signant « la rédaction de la RVF » (je tiens que l’erreur apparaissait dès l’introduction avant que je les interpelle sur Twitter, mais le reste de l’article n’a pas été corrigé).

Bref, je trouve cela un peu triste que la meilleure source française sur l’affaire Kurniawan soit… Vanity Fair ! Le rôle majeur joué par Laurent Ponsot est expliqué en détail dans cet article d’Olivier Bouchara. Pour les anglophones, c’est bien entendu (et une fois de plus) vers le forum Wine Berserkers qu’il faudra se tourner, et lire les excellentes interventions de mon ami Don Cornwell.

Ce procès (ainsi que le rôle nébuleux et loin d’être au-dessus de tout soupçon des maisons de vente aux enchères) sera pour moi l’affaire majeure de 2013, et il m’aurait semblé naturel qu’un des protagonistes les plus importants de cet imbroglio soit mis en avant.

Le blog de l’année : La Pinardothek (Sandrine Goeyvaerts)

Avec ce trophée mis en jeu pour la première fois cette année, la RVF entre de plein pied dans le XXIè siècle, et je l’en félicite (après tout, mieux vaut tard que jamais). C’est ainsi qu’une blogueuse belge pinardière nombrilo-féministe aux ongles impeccables et aux talons hauts catalogués au rayon des armes blanches se retrouve catapultée… Homme de l’Année ! Il faut quand même le faire, et elle s’en amuse dans ce billet.

Pour ma part, c’est le double effet « Kiss Cool » : d’abord parce qu’elle le mérite (et qu’elle prend beaucoup sur elle pour supporter mes salves de vannes pourries et de commentaires cyniques sur Twitter), mais aussi parce que cela m’a permis de jubiler à la vue (par procuration, grâce aux réseaux sociaux) des blogueurs et blogueuses déçus, beaux perdants par devant, enrageant par derrière. Sans parler de ceux et celles crachant sur la RVF et ses trophées has been alors qu’ils ou elles mouraient d’envie de connaître un tel honneur. Joli paysage que celui d’une bloglougou (j’étais obligé de placer le mot préféré de Sand quelque part) schizophrène, se plaçant soi-disant au-dessus de la mêlée mais si pathétiquement en mal de reconnaissance.

Donc Sand, un cadeau, du fond du coeur, parce que tu le vaux bien 🙂

Vin - 666 Secret des Diables - Saint-Chinian - Languedoc, France

8 thoughts on “Les trophées du vin 2014 de la RVF”

  1. Murisaltien ? Une espèce en voie de disparition ?

  2. Tu déconnes, garçon. Ya pas de schizo et j’ai lu nulle part de l’aigreur. Mieux, j’y suis allé, c’est dire la bonne humeur.

  3. D’où tenez-vous de telles informations? Je ne l’ai lu ni entendu nulle part, ni devant, ni derrière, quelconque critique désobligeante sur le fait que Sandrine G ait gagné ce prix. Je n’ai lu que des « bravo » et des « félicitations » car Sandrine fait l’unanimité, car elle est douée et drôle, car « elle » sait de quoi elle parle. En revanche, j’ai personnellement regretté l’absence d’informations auprès des blogueurs au sujet de ce prix, ce qui a expliqué (en partie) leur absence.

  4. Sylvain : je ne savais pas que Meursault était en voie de disparition 🙂

    Nicolas : je persiste à penser que les masques ne sont pas tombés, tout simplement. Personnellement je le note dans des remarques un peu acerbes, de l’humour mal dosé ou des conseils amicaux pas si amicaux que ça (sans parler du silence de certains). La glouglousphère (pour changer de mot) donne certes l’impression d’être le village des Bisounours, vu de l’extérieur. Je n’ai pas du tout l’impression que ce soit le cas, mais je suis d’un naturel arrangeant donc on n’a qu’à dire que je vois le mal partout !

  5. Fabrice : cf. ma réponse à Nicolas. Côté communication en effet les blogs étaient très peu représentés parmi les invités. Cela ne me dérange pas plus que ça car la portée du prix dépasse largement les portes du Bristol. N’habitant pas à Paris, je ne me serais pas déplacé si j’avais figuré sur la liste (on peut rêver), et je crois que le microcosme des blogs parisiens a suffisamment d’occasions de se rencontrer. En revanche la nouvelle a été bien diffusée et relayée sur les réseaux sociaux (grâce notamment à Vincent Pousson qui n’a pas ménagé ses efforts), ce qui somme toute est le principal pour notre communauté virtuelle. À moins que nous ne soyons à ce point en manque de reconnaissance que nous voulions à tout prix fouler les confortables moquettes des salons d’un palace parisien pour valider notre appartenance au PVF 😉

  6. deknuyt dit :

    puis je avoir le nom du domaine qui a creer cette bouteille 666 et les coordonnees svp

  7. Bonjour, ce vin est produit par la Coopérative de Saint-Chinian (www.vin-saintchinian.com) mais est commercialisé seulement en grande distribution par un négociant. Je l’avais trouvé en début d’année au Super U du coin, mais une recherche sur le web me montre qu’il a aussi été en vente dans d’autres enseignes…

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