L’envie d’écrire

L’envie d’écrire, comme l’aurait si bien dit Brassens, ça ne se commande pas. Je parlais justement ce midi avec Marthe de nos blogs moribonds. Pour être totalement honnête, je n’ai jamais été un blogueur particulièrement régulier (mon compte Twitter annonce la couleur : blogueur vin arythmique) et je suis loin des ténors stakhanovistes de la bloglouglou francophone. Mais force est de constater que les billets se font de plus en plus espacés.

Pourquoi ? C’est une bonne question. Ce n’est pas que je sois moins attiré ou passionné par le « produit », bien au contraire. Peut-être ai-je, à la limite, l’impression de ne plus avoir grand chose à dire, ou que d’autres le font après tout mieux que moi. Mais surtout, et j’en reviens à ma conversation avec Marthe, je suis passé de l’autre côté du miroir, dans le monde de la production du vin.

Il est difficile d’expliquer pourquoi cela me fait encore plus aimer (et connaître) le vin, et en même temps me donne encore moins envie d’écrire. Toujours est-il que je tire mon chapeau à Nicolas Lesaint, à ses billets précis et justes et à la capacité qu’il a de les enchaîner, j’ai presque envie de dire méthodiquement. Maintenant que je passe mes journées entières dans les vignes (ou en cours), cela me devient de plus en plus difficile.

Et pour rester dans le paradoxe, j’ai l’impression d’avoir encore plus de choses à dire. Alors quoi ? D’une part, honnêtement, la fatigue. Pas celle d’écrire, mais la « vraie » fatigue, celle qui suit une journée harassante passée à la merci des éléments à faire un travail d’ouvrier viticole qui reste extrêmement dur (surtout pour la force de la nature que je ne suis pas). D’autre part, la sensation que ce que j’observe est à la fois primordial et futile.

Cet après-midi je rentrais de Meursault. Au rond-point de Vougeot, alors que j’étais pour ainsi dire arrivé, j’ai tourné à gauche, direction Chambolle. Un dernier virage et j’étais sur la route menant au Château de Vougeot, qui passe entre Le Musigny et le premier cru Les Amoureuses, deux vignobles de premier choix. Je me suis arrêté, je suis sorti de la voiture pour aller me promener. J’ai navigué entre les parcelles (chose que les touristes s’interdisent par respect–et fort heureusement !) pour arriver en haut de la partie des Amoureuses que personne ne voit, celle qui domine Vougeot avec une des pentes les plus « radasses » de Bourgogne.

Vue de Vougeot depuis Chambolle premier cru Amoureuses

Je me suis régalé de la vue sur l’étang en contre-bas, sur lequel des cygnes glissaient paisiblement, au bord duquel des enfants jouaient. J’ai observé la pente, l’herbe, les feuilles pointant timidement des bourgeons, la terre étonnamment blanche sur ce secteur. J’ai fait le tour, pris quelques photos, me suis recueilli devant un piquet de tête mort au champ d’honneur, qui sera bientôt remplacé. J’ai regardé ce petit flanc de coteau envahi de ronces et d’arbres, au milieu des vignes, comme il en subsiste peu dans le coin. J’ai admiré d’un oeil critique le travail de terrassement en cours, avec la création de terrasses dignes du Rhône septentrional, me suis demandé si c’était vraiment bien « terroir » tout ça et si on était encore à Chambolle ou déjà à Vougeot.

J’ai fait le tour du Musigny par le haut, sur un chemin peu emprunté, regardant les lézards paresseux se gorger de soleil. J’ai noté la différence de développement de la vigne entre Les Amoureuses, plus précoce, et Le Musigny, plus tardif, bien que situés à quelques dizaines de mètres l’un de l’autre. Je suis revenu par le haut de Chambolle, j’ai croisé Christophe Roumier, que j’ai salué. Il m’a demandé si j’étais allé à la chasse aux noctuelles, puisque pas plus tard que jeudi je plaçais dans ce même vignoble des capsules de confusion sexuelle sous sa houlette de co-ordinateur pour l’appellation. Il m’a dit qu’il était justement allé faire aussi un tour dans les vignes pour la même raison, comme tout viticulteur, j’imagine pour se rassurer. Je suis rentré avec un dernier détour par le Clos de la Roche, pour comparer à nouveau les maturités entre Chambolle-Musigny et Morey-Saint-Denis.

Petite balade riche d’enseignements, mais je ne pourrais jamais décrire tout ce que j’ai vu. Il faut le vivre, en faire l’expérience… et à partir de ce moment-là il devient difficile d’écrire cette somme d’observations fugaces, insignifiantes, car c’est extrêmement personnel et n’intéresse personne. J’ai partagé quelques photos sur les réseaux sociaux, résumant une après-midi à une communication plus accessible et moins intime.

Pourquoi n’ai-je plus envie d’écrire ? Car je n’ai rien à écrire…

2 thoughts on “L’envie d’écrire”

  1. YB dit :

    …et c’est très bien écrit!

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