Le vin Fight Club

Fight Club est pour moi un indicateur clé dans le sens où je peux souvent savoir à l’avance si je vais m’entendre ou non avec une personne rien qu’en lui demandant son avis sur ce film. Remarquez que ça marche aussi avec The Big Lebowski, par exemple. L’autre aspect sympa de Fight Club, c’est qu’une bonne partie de la critique avait défoncé ce film, avant que la démocratie ne reprenne ses droits : finalement les critiques ont des goûts de chiotte (ou pire, n’y connaissent rien) et ce film est devenu culte. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. J’aurais presque envie de tirer un parallèle avec la critique vinicole mais ma bonne éducation m’interdit d’achever une ambulance à terre.

Bref, le grand principe de Fight Club tient dans l’énoncé des 2 premières règles du club, à savoir :

      On ne parle pas du Fight Club
      On NE parle PAS du Fight Club

Alors évidemment quand LaurentLC balance une étiquette du Chassagne-Montrachet 1er cru (rouge) Clos Saint-Jean du domaine Ramonet sur Twitter, mon esprit malade lui rétorque : « Aussi connu sous le nom de Fight Club. Ce vin n’existe pas et il est interdit d’en parler. »

Sans vouloir tomber immédiatement dans la théorie du complot, il faut quand même, chère lectrice et/ou cher lecteur, que je t’avoue un truc : on ne te dit pas tout ! (J’en soupçonne même 2-3 de te mentir et de te spolier mais bon, passons…)

En effet, les recommandations tournent finalement souvent autour des mêmes Usual Suspects (putain la métaphore filée dans ce billet, trop la classe !), et quand on tombe sur un vin vraiment hyper top, hyper bon, hyper original et hyper pas cher, que faisons-nous ? Eh ben pour une fois nous fermons notre grande gueule, nous remplissons la cave et nous surveillons les autres pour être sûr que personne ne va cafter.

Mais cette omerta a assez duré (au passage ne pas confondre omerta et knacki bouddhiste), de même que mon sens de l’hyperbole, donc voici quelques vins répondant aux critères phares du Fight Club : bon, pas cher, et pas (trop) connu. Et si possible trouvable sans avoir à se prostituer pour en avoir… ce qui ne sera par exemple pas le cas de :

Chassagne-Montrachet 1er cru (rouge) Clos Saint-Jean – Domaine Ramonet

Ramonet Chassagne Rouge Clos Saint Jean 2008

La photo est moche mais c’est la faute à Laurent

À tout seigneur tout honneur, et pas la peine que Patrick Maclart vienne se plaindre que « ah bravo pour la découverte », tout ça c’est de la faute de LaurentLC, je ne réponds plus de rien.

Mais comme je suis là pour vous raconter des histoires, j’en profite : j’ai rarement eu autant envie de prendre une machine à remonter le temps et coller des baffes à moi-même-du-passé qu’à cause de ce vin. En effet on m’en avait proposé quelques bouteilles, mais grand benêt que j’étais (suis, serai) j’ai dit « non y a que les blancs qui m’intéressent ». Comme quoi quand on est con, on est con. Heureusement seuls les imbéciles ne changent pas d’avis. Ok dans mon cas ça serait plutôt : même les imbéciles changent d’avis, mais bref. Un peu plus tard j’ai goûté ce vin (faut dire, je déteste acheter sans avoir goûté, aussi) et j’ai plus jamais dit non. Parce que finalement, ma connerie, telle l’univers, a bien ses limites (n’en déplaise à Albert).

Et une anecdote supplémentaire : historiquement il y avait beaucoup de pinot noir planté à Chassagne. Le vignoble fut ensuite principalement replanté en blanc, probablement à cause de la proximité des grands crus (blancs) célèbres de la Côte de Beaune… Les parcelles de pinot noir représente cependant encore 40% de la surface de l’appellation, même si celle-ci reste associée aux vins blancs dans l’esprit de la plupart des gens.

Et le vin ? Pour moi le pinot noir c’est ça, tout simplement : vif, enjoué, aromatique, délicat mais puissant. Je vois un prix public sur le net de 37 euros, soit plus du double du prix au domaine. Même à ce prix, la bouteille vaut le détour.

Champagne Pierre Péters – La Perle – Blanc de Blancs

Champagne Pierre Péters La Perle Blanc de Blancs

Là encore, le nom du producteur n’est pas une découverte : la maison produit de superbes champagnes, et les Chétillons (la cuvée parcellaire millésimée) est constamment sublime. Mais la cuvée Fight Club, c’est bien cette Perle (anciennement « du Mesnil »), un assemblage de Chardonnays de 8 années différentes. Rien que cela couplé à son prix modique (autour de 16-17 euros, c’est-à-dire le prix plancher pour un champagne digne de ce nom) en ferait une de mes cuvées préférées. Mais le coup de génie, c’est un tirage à faible pression (qui donnait autrefois du Crémant de Champagne, nom désormais interdit par l’appellation). La bulle en devient d’autant plus fine et crémeuse, et s’équilibre parfaitement avec cette cuvée d’entrée de gamme. Je me demande même pourquoi plus de producteurs ne lui ont pas emboité le pas (en dehors évidemment de Besserat de Bellefon et son Crémant des Moines devenu Cuvée des Moines qui avait pris un peu d’avance).

Domaine du Grès – Vin d’a/encre 2012 – Aveyron

Domaine du Grès - Aveyron - Vin d'encre - Vin d'ancre 2012

Bon honnêtement j’ai dit ça comme j’aurais pu dire autre chose : ce qui compte c’est d’aller découvrir la sélection de vins de l’Aveyron effectuée par Philippe Cuq au Lieu du Vin (3 avenue Gambetta à Paris 20è, on ne le répètera jamais assez). Tu y trouveras le vin d’a/encre de Jean-Marie Paillard (Domaine du Grès) : 80% fer servadou (le cépage local que bon si à 50 ans tu l’as pas goûté je te fais pas un dessin) et 20% Pinot Noir. Et pour moins de 10 euros avec une vraie belle histoire racontée de vive voix par Philippe, bon là franchement je vois pas ce que je peux faire de plus pour toi. On est vraiment dans le mode Fight Club le plus confidentiel.

Et si vraiment il te faut du strass et des paillettes, y a aussi les célébrités internationales du coin (Marcillac Represent!) du genre Matha (Le Vieux Porche), Rols, Bouscal ou encore Costes Rouges. Mais c’est sûr qu’en comparaison ça fait un peu bling bling, y a déjà plus de 3 personnes dans le monde qui connaissent leur nom.

Domaine de Fontavin – Châteauneuf-du-Pape

Domaine Fontavin CDP Châteauneuf-du-Pape Cuvée Tradition 2009

Bon là attention accroche ta ceinture je vais dire du bien d’un Châteauneuf, je préviens tout de quite aue ça ne sera (malheureusement) pas tous les jours. En effet n’étant manifestement pas doté du même palais qu’un célèbre critique américain, Châteauneuf est devenu pour moi un véritable champ de mines (pour reprendre une des expressions favorites du critique sus-cité). Faut dire aussi, j’aime pas le sucre, donc je pars avec un gros désavantage. Coup de bol, il reste encore quelques irréductibles gaulois qui font du Châteauneuf comme dans mon souvenir et à des prix pas délirants (en tout cas par rapport à l’inflation locale). Donc voilà, si j’ai une quinzaine d’euros à dépenser, c’est là que je vais, pour prendre mon Châteauneuf (bio, au passage). Je l’attends quelques années (2006 est au top en ce moment) et je sais que j’aurais tout ce que j’attends : les notes de cerise, la garrigue, le soleil qui tape sur les galets roulés plutôt qu’à la base de mon crâne…

Domaine Rives-Blanques – Crémant de Limoux rosé (millésimé)

Domaine Rives Blanques Crémant de Limoux Vintage Rosé

Allez, c’est pas tous les jours la fête, je finis donc par des bulles. Le Domaine Rives-Blanques est un de mes principaux fournisseurs de bulles, et j’adore vraiment ce crémant rosé. En partant sur la même base que le crémant de Limoux blanc, l’adjonction d’un peu de petit noir change complètement à la fois le profil aromatique et la structure du vin. Deux ans sur lies pour l’affinage et franchement, pour 8 euros environ prix domaine, il y a du vin dans la bouteille. J’apprécie aussi son côté versatile : aussi bien bulles faciles qu’accompagnement d’un bon plat.

Le domaine a été racheté par un couple de néerlandais (Jan & Paryl Panman) qui travaille toujours en collaboration avec Erick Vialade (l’ancien propriétaire). Le domaine est à l’heure actuelle en conversion bio. Je suis aussi très fan de leur cuvée Occitania (100% Mauzac, le cépage local, mais sans les bulles, par contre), qui accompagne très bien des fromages à pâte persillée (et là encore pour un prix très raisonnable).

Domaine Roland Schmitt – Alsace

Domaine Roland Schmitt Alsace Riesling Glintzberg 2008

Je m’aperçois que j’ai oublié un vin dont j’avais prévu de parler, ou plutôt des vins : toute la gamme de ce domaine en fait. Il y en a pour tous les goûts (comme souvent en Alsace) mais si je devais mettre une cuvée en avant, ce serait certainement le Riesling Glintzberg. Proposé au prix de…. 6,80 euros la bouteille, ce vin est tout simplement une blague. Je passe sur tous les aspects qui vont bien (bio, levures indigènes, étiquettes qui font envie…) pour aller directement au vin dont je dirais que la principale qualité est d’être sans surprise. À une époque où tout se doit d’être surprenant, tiré par les cheveux si ce n’est carrément déviant, rien de ça ici : y a du fruit, de la minéralité, la petite pointe d’hydrocarbures et de sucre résiduel, c’est vif, c’est racé. C’est surtout exactement ce qui est marqué sur l’étiquette : du riesling, et du bon. ET ÇA… J’A-CHÈ-TE ! (ok je sors)

J’arrive au bout du petit tour de mes vins Fight Club. À vous les studios…

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