La Stoppa

Gérard Garroy, le président éphémère des 83e Vendredis du Vin, nous a proposé cette fois-ci un VdV « 100% vigneronne ». Je ne pense pas avoir besoin d’un événement particulier pour parler des vigneronnes, mais cela me donnera tout de même l’occasion de vous raconter ma visite chez Elena Pantaleoni. Son domaine, La Stoppa, est niché dans les collines non loin de Piacenza.

Allée menant à La Stoppa

La Stoppa

Je vais tout d’abord revenir rapidement sur l’histoire du domaine, qui pour moi est significative, notamment de par ce qu’elle révèle sur l’évolution de l’approche des vignerons. Elena Pantaleoni a hérité à la fin des années 90 du domaine racheté par son père en 1973. Le domaine a été créé il y a plus d’un siècle par Giancarlo Ageno, qui avait fait le choix de planter des cépages français (nous dirions maintenant internationaux) et de les commercialiser sous des noms italianisés tels que Bordò ou Pinò.

On notera qu’à la même époque un peu plus au sud, le Marchese Mario Incisa della Rocchetta se prenait à rêver d’un vin toscan issu de Cabernet Sauvignon… qui donna plus tard naissance au célèbre Sassicaia (et à de nombreuses controverses sur l’intérêt des super tuscans). Toujours est-il qu’il n’y a pas eu de changement de cap à la Stoppa dans les années 70 et 80, les cépages importés restant les maîtres du lieu.

Il faudra donc attendre 1997 et l’arrivée d’Elena Pantaleoni à la tête du domaine pour voir s’opérer des changements majeurs : passage en agriculture biologique et plantation systématique de cépages autochtones (malvaisie, barbera et bonarda). Cela peut sembler naturel aujourd’hui, mais c’était plutôt visionnaire il y a 20 ans…

DOC, DOCG & co

Une petite anecdote qui m’a fait sourire, pour ceux qui pensent que l’herbe est toujours plus verte ailleurs. L’appellation locale (Gutturnio) autorisait jusqu’à il y a peu la dénomination « Colli Piacentini » sur l’étiquette, ce n’est désormais plus le cas… Se lamentant qu’on l’empêche de communiquer plus clairement sur l’origine des raisins, Elena Pantaleoni a fait le choix de passer toute la gamme en IGT Emilia (qui correspondrait à une IGP départementale en France). Comme quoi les pays changent, mais pas les administrations.

Macchiona La Stoppa 2005

Frizzante !

Je pourrais parler en long, en large et en travers des différents vins, notamment du superbe Ageno (un vin orange, c’est-à-dire une macération pelliculaire de raisins blancs), du bel équilibre du Macchiona 2005 ou encore de la Malvasia dolce frizzante qui rappelle les Moscato d’Asti avec une aromatique légèrement différente. Je vais me contenter de mettre en avant le Trebbiolo Frizzante… un vin rouge légèrement pétillant et particulièrement agréable.

Trebbiolo Frizzante La Stoppa 2012

Globalement les français ont un petit souci avec le CO2. Tant qu’il s’agit de vin mousseux, pas de souci, on peut même facilement tomber dans le style roteuse digne d’un Perrier sans déranger personne. En revanche dès que c’est un peu perlant, dès qu’il y a une pointe de mousse ou le moindre picotement, c’est systématiquement considéré comme un défaut. Comme en prime ce vin présente à l’ouverture une pointe de réduction, c’est la catastrophe ! Pourtant ce gaz a bien des avantages. Tout d’abord celui de protéger naturellement le vin contre l’oxydation, mais aussi de l’alléger notablement. La mousse du Trebbiolo Frizzante est délicate, agréable, surprenante et donne un vin atypique (pour le palais français, en tout cas) qui accompagnera à merveille un grand nombre de plats supportant mal un rouge plus « sérieux » (à commencer par un simple plateau de charcuterie). À 8 euros au départ du domaine c’est une véritable affaire…

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