À la découverte du cannonau

Il était largement temps que je revienne sur une des rencontres les plus marquantes de l’année dernière : celle d’Alessandro Dettori et sa présentation de sa ferme biodynamique. Sur son invitation, je me suis rendu en compagnie de quelques autres blogueurs dans le nord de la Sardaigne où se situe son domaine, Tenute Dettori.

Je ne vais pas m’aventurer à vous détailler la géographie de la Sardaigne, mais pour vous donner tout de même quelques éléments, la région générale s’appelle Logudoro, qui signifie littéralement lieu doré. La sous-région s’appelle Romangia et l’endroit précis où se trouve le domaine porte le nom de Badde Nigolosu. Je m’arrête pour le moment à ce niveau de précision.

Le moins qu’on puisse dire est qu’Alessandro est charimastique, et comme tout bon sarde, tantôt volubile et tantôt taiseux. Après avoir passé quelques jours avec lui à découvrir la Sardaigne et ses vins, j’aurais envie de le qualifier de paysan cérébral : irrémédiablement attaché à la terre qui l’a vu naître, les pieds fermement plantés dans ce sol où s’épanouissent ses vignes, les mains toujours actives traçant d’improbables trajectoires, soulignant le propos, la tête perdue dans ces cieux philosophiques où la compagnie se fait rare.

Alessandro Dettori vin de Sardaigne

Beau joueur, aussi, puisqu’il nous a proposé en amuse-bouche une dégustation régionale de cannonau. Il y en avait pour tous les goûts, de ce cannonau qui porte sous nos latitudes le nom de grenache (ou presque). En effet des études génétiques récentes ont montré que le grenache et le cannonau n’ont que 82% d’ADN en commun. De plus le cannonau est mentionné par écrit en Sardaigne dès 1549, et n’apparaît en Espagne (garnacha) que deux siècles plus tard. Il semblerait donc que le grenache soit en fait bien originaire de Sardaigne, avant de subir quelque mutation…

Revenons à la dégustation, à l’aveugle bien entendu, qui réserve quelques surprises. En même temps, voir les étiquettes ne m’auraient pas forcément avancé à grand chose, moi dont c’était probablement la première fois que je goutais ce type de vins (je dis probablement car on n’est jamais à l’abri d’un vin bu en embuscade et déjà oublié). Au mieux j’aurais reconnu les vins de notre hôte, sans que cela change d’un iota mon avis à leur sujet.

Pour ceux qui auraient raté un épisode, je ne suis en général pas grand fan de grenache. Cela dépend toutefois (évidemment…) de la vinification. J’adore les grands vins doux naturels du Roussillon, et je trouve le grenache délicieux dès lors qu’on ne le récolte pas sur-mûri à 17% d’alcool potentiel. Malheureusement cela semble être une contrainte impossible pour bon nombre de vignerons du sud de la France.

Pour finir, vous remarquerez que deux cuvées portent le même nom : le Mamuthone est le masque, très spécifique, porté lors du Carnaval de Mamoiada. Ce déguisement comporte des clochettes aux deux épaules. En les balançant en rythme, le Mamuthone produit un fort vacarme.

Dégustation de cannonau de Sardaigne avec Alessandro Dettori

Mamuthone Cantina Giampiedro Puggioni 2011

Ça ne commence pas très bien pour moi : nez confituré, dégoulinant de sucre, surmaturité évidente. Même si le vin est plus sec en bouche que le nez ne pouvait le laisser présager, cela ne reste pas ma tasse de thé. Pour amateurs du genre…

S’annada Giuseppe Sedilesu 2011

Et cela va tout de suite mieux avec un parti pris très différent du précédent : nez sur les fleurs fanées, arômes fumés, en bouche la minéralité ressort, avec une pointe animale. L’impression d’ensemble est plus fine et plus élégante.

Mamuthone Giuseppe Sedilesu 2011

Il doit y avoir une malédiction sur les Mamuthones, celui-ci aussi est sur une tendance confiturée, avec une bouche correcte mais légérement oxydée et alcooleuse. Bof.

Barrosu Riserva Giovanni Montisci 2011

Je suis assez partagé sur celui-ci. Le nez sent exactement la même chose que la liqueur de myrthe (spécialité locale) dégustée la veille. Cela tombe bien, j’adore, même si c’est un tantinet monolithique. La bouche est sur une oxydation “noble”, c’est sympathique. En revanche j’aurais pu me passer du goût de souris désagréable en finale…

Barrosu Riserva Franzisca Giovanni Montisci 2011

À nouveau un nez sur la myrthe, la bouche est plus complexe que celle de la cuvée précédente. C’est plaisant même si cela semble un peu plus moderne. Globalement on monte clairement d’un cran.

Renosu Tenute Dettori 2011

On change totalement de style, et c’est assez flagrant, avec un vin présentant un bel équilibre qui passe par… de l’acidité ! Les vins précédents en étaient quasiment dépourvus. Au final c’est assez complexe, très frais, avec une salinité salvatrice qui donne envie d’y revenir.

Explication : c’est un peu le pirate de cette dégustation puisqu’il ne s’agit pas d’un 100% cannonau, mais d’un mélange des jus déclassés par le producteur. On y retrouve donc a priori d’autres cépages locaux. N’empêche, je suis fan de ce coup de fraîcheur bienvenu !

Nuraghe Crabioni 2011

Un autre vin convaincant, avec le nez le plus intéressant de la dégustation, oscillant entre la myrthe entêtante et les agrumes vivifiantes. La bouche est un peu en-dessous mais globalement cela reste très sympathique.

Lunas Mario Dinti 2011

Le nez est fermé et la boche rustique. L’acidité forte ne compense pas une impression alcooleuse en bouche et une finale pas tout à fait nette. Ce vin reste un mystère…

Tenores Tenute Dettori 2010

Ce vin était servi notablement plus frais que les autres. De plus on change de millésime. Au nez c’est le retour d’une aromatique très mûre, avec des pointes de garrigue qui allègent le tout. Une jolie bouche, bien équilibrée, vient compléter la tableau. C’est plaisant sans renier ses origines.

Dettori Tenute Dettori 2010

Je retrouve le côté cerise du grenache, bizarrement absent des autres vins de la dégustation, et le côté un peu volatil assez classique des vins rouges italiens. Je reste moins convaincu par ce parcellaire que par le Tenores.

À suivre : une présentation plus complète de la philosophie de Tenute Dettori… il y a encore beaucoup de choses à dire !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *