Je crois que ça va pas super marcher

Le titre contient certes le mot super, mais il ne s’agit pourtant pas de ma contribution aux prochains Vendredis du Vin sur le thème des super-héros. Non, ce billet a pour sujet la vente des vins dans la grande distribution. Thème à la mode s’il en est, puisque certain(e)s sont déjà dans les starting-blocks pour les célèbres Foires aux Vins, ces grandes offres promotionnelles entre la rentrée des classes et le mois du blanc…

Pour débuter, voici un extrait de conversation tout ce qu’il y a de plus classique que j’ai (trop souvent) avec des connaissances qui viennent juste d’apprendre que je travaille dans le milieu du vin :
– Toi qui t’y connais en vin, tu as certainement des conseils à me donner ?
– euh… oui… dans quel domaine ?
– eh bien… qu’est-ce que je dois acheter, comme vin ?
– celui que tu aimes !
– haha oui d’accord mais plus précisément, tu as des recommandations ?
– tu habites dans quel coin déjà ?
– pourquoi tu me poses cette question ?
– pour savoir si je connais des producteurs sympas pas loin de chez toi, ou de bons cavistes
– ah non mais je voulais dire : au supermarché !

Et là, les bras m’en tombent.

Cave supermarché

Je pourrais à la limite le comprendre quand il s’agit de personnes habitant dans des régions désoeuvrées de la France (aussi connues sous le nom de : quart nord-ouest) où le premier producteur de vin se trouve à des centaines de kilomètres (et encore, en France, c’est pas gagné). Et ce ne sont pas les cavistes qui manquent… Mais quand elles habitent au beau milieu d’une région viticole, je me dis qu’on marche vraiment sur la tête.

C’est là que je m’aperçois que le fond du problème, ce n’est pas le supermarché, c’est juste cette paresse couplée au manque de curiosité. La même question pourrait facilement être transposée au rayon pâtes : je prends quel marque ? Barilla ou Panzani ? Et je peux facilement comprendre que les gens qui ne s’intéressent pas plus que ça au sujet se fichent pas mal d’apprendre les différences entre les types de pâtes, pourquoi des oeufs (ou pas), etc. Je ne leur jette pas la pierre : pour ma part le concept de voiture commence et s’arrête à un engin purement fonctionnel doté d’une clé de contact, d’un accélérateur, de freins et d’un volant. Je me doute bien qu’il se passe 2-3 trucs sous le capot (en fait j’ai étudié largement trop de thermodynamique à mon goût pour avoir des idées assez précises sur le sujet) mais tant que ça tourne, tant mieux, et sinon c’est direct chez le garagiste.

Les patients venant consulter le Dr Deschamps pour savoir quel vin ils doivent acheter repartent invariablement avec la même prescription : ça dépend… Mais ça dépend, ça dépasse, et ça satisfait rarement mes interlocuteurs. Ça dépend… tout comme pour les supermarchés, d’ailleurs, car certains font un bien meilleur boulot que d’autres. Je me rappelle d’un Super U alsacien dont la cave vaut celle de bien des cavistes, et la sélection ultra-locale de celui de mon village est tout à fait correcte. Là où le bât blesse, c’est d’imaginer un bon vin qui soit disponible partout à un prix raisonnable… c’est tout simplement impossible. Ou alors, je peux aussi vous proposer un pont à Brooklyn.

Rayon vins supermarché

L’autre aspect majeur, c’est le manque de confiance en soi du consommateur. Il est apparemment impossible d’imaginer acheter une bouteille sans l’aval clair et précis d’un prescripteur. Je mesure en général cela aux réactions suite à ma suggestion de mettre les pieds chez le producteur le plus proche, de goûter, et si cela vous plaît repartez avec une caisse. Oui mais… comment je vais savoir si c’est bon ? Les mots me manquent.

Cette culture de l’expert, qui ne se limite malheureusement pas au monde du vin, sévit durement. Réfléchir par soi-même ? À quoi bon, puisqu’un « expert » est là, proposant une opinion toute prête : 5 minutes au micro-ondes et vous pouvez passer à table. Avec en plus la possibilité de la garder au congélateur pour la ressortir cinq ans plus tard, dans la plus grande tradition de la banque d’images du JT. Évidemment à force cela risque de sentir un peu le réchauffé

Revenons à nos moutons. Concernant ce plan diabolique et infaillible de se voir recommander un vin mythique qui plaise à tout le monde et disponible dans n’importe quelle grande surface, j’ai une mauvaise nouvelle : je crois que ça va pas super marcher.

3 thoughts on “Je crois que ça va pas super marcher”

  1. J’ai récemment passé des vacances dans le Médoc. Et je suis allé faire un tour dans deux petits hypermarchés du coin pour des besoins aussi cons qu’un jeu de piles LR6. Je ne m’attendais à trouver les meilleurs crus du coin mais au moins une sélection de producteurs locaux (oui ils en existent bien en bordeaux). Que nenni ! Le pire de tout ce que la viticulture industrielle peut faire se trouve bien mis en avant en tête de gondole. Tant mieux pour les cavistes du coin (même si ils ne sont pas très nombreux) et tant pis pour tous ces braves allemands qui prennent n’importe quelle bouteille croyant toucher le graal à 2,75 euros. On devrait interdire à la GD de vendre du vin non mais !

  2. Stéphane Colle dit :

    Ok mais a l’inverse ce qui est enervant c est de trouver le même vin du medoc moins cher en supermarché que sur place, avec confirmation des viticulteurs « ben oui ils prennent 100000 bouteilles alors.. »

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