J’aime le chocolat

Qui : Eric Morot et Pierre Cuq du domaine Le Vin de la Grange
: au bout de ma rue, à Roujan
Quand : le samedi 7 avril 2012, mais un peu tous les jours, en fait
Comment : à l’occasion d’une dégustation sur le thème Vin & Chocolat
Transparence : ce sont mes voisins, je leur dis bonjour quand je les croise dans la rue, nous gravitons autour des mêmes associations, et ils m’invitent de temps en temps à boire un café ou un petit verre. Ceci garantit clairement une impartialité totale.

Certes, la grande fête du chocolat se tenait il y a plus d’une semaine, lors de ce long week-end dédié à la science durant lequel les lapins pondent des oeufs. Cela prouve juste que la ponctualité ne sera jamais la grande spécialité de ce blog.

 

Chocolat noir

 

Au final, je ne mange pas beaucoup de chocolat à Pâques : j’en accumule. Il me reste donc 51 semaines pour faire descendre le stock et réfléchir à de superbes accords avec de non moins superbes vins. Le seul hic, c’est que vin et chocolat font rarement bon ménage—c’est un secret de polichinelle. Mais un secret en valant bien un autre, il y a tout de même un cépage qui se démarque et semble s’allier convenablement avec les mets à base de pâte de cacao alimentaire préparée avec du sucre : le grenache.

Et coup de chance, de ce divin cépage, pinot du sud, il n’en manque point en Languedoc : c’est même le pilier de bien des vins de la région. Les exemples les plus classiques pour l’accord qui nous intéresse seront certainement à chercher du côté des vins doux naturels (Rivesaltes, Banyuls ou Maury), mais les vins secs ne sont pourtant pas à dédaigner, comme Eric et Pierre ont tenu à le prouver…

 

 

Le Vin de la Grange - Dégustation Vin et Chocolat

 

Le parcours d’Eric Morot n’est pas classique : tout d’abord éducateur spécialisé, il part s’installer dans le sud de la France et passe son Brevet Professionnel Agricole à Pézenas en 2006 à l’âge des changements de carrière (votre serviteur en sait quelque chose). Il reprend quelques vignes à Néffiès, dont les raisins iront alimenter la cave coopérative du village jusqu’à ce jour fatidique de 2008 où 90% de ses parcelles seront grêlées, détruites. Je le rencontre à Roujan quelques années plus tard, alors qu’il a décidé de se retirer de la cave coopérative pour faire son propre vin, épaulé par Pierre Cuq depuis 2011.

 

Éric sur son beau tracteur

Éric sur son beau tracteur

 

Pour le moment, 6 hectares de grenache, syrah et mourvèdre qui donnent 3 vins délicieux en AOP Languedoc : l’Ambrin (d’Ambre + Marin, les enfants d’Eric), un assemblage de grenache et syrah ; l’Ampiéric (Ambre, Marin, Pierre et Eric), syrah et mourvèdre ; et un rosé de saignée 100% grenache dont le premier millésime sera mis en bouteille fin mai 2012. Un blanc (marsanne, roussanne, grenache blanc) devrait venir compléter la gamme à l’horizon 2014-2015.

 

Dégustation de chocolat

 

 

Le millésime 2010 a reçu une citation au Guide Hachette. Cela fera sourire les élitistes, mais de toute façon à 6 euros départ domaine ces quilles-là ne leur sont pas destinées. Pour Eric et Pierre c’est à la fois un succès, une reconnaissance, et un pied de nez à leur détracteurs. Seule cave particulière à Roujan (un village dont la principale ressource est pourtant annoncée par monsieur le maire lui-même comme étant la viticulture), c’est même une belle revanche. Cela me rappelle aussi mes premiers pas à la découverte des vins quand, il y a quelques années déjà, je partais en vacances le Guide Hachette sous le bras, convaincu de pouvoir dénicher des bons crus à peu de frais. Avec un peu d’instinct et beaucoup de chance, ce n’était pas mission impossible, car il faut au moins reconnaître à cette publication le mérite de voir large, et donc forcément de contenir en ses pages les noms de quelques « stars » de demain. Ce qui restera toujours plus utile que les guides suiveurs qui se contentent de distribuer des étoiles à des vignerons qui ont la chance de ne plus rien avoir à vendre depuis longtemps… secrets de polichinelle une fois de plus, car personne ne trouve les vraies bonnes adresses dans les guides mais bien via les réseaux, qui se veulent sociaux de nos jours mais ne sont que l’incarnation moderne de l’irremplaçable bouche à oreille.

Pour l’instant le domaine est en lutte raisonnée. Le bio est tentant, mais présente un risque certain, que quelqu’un qui a déjà tout perdu est bien placé pour évaluer.

Je ne peux m’empêcher de revenir à cette pique de Nicolas de Rouyn qui conclut ainsi son billet sur la possible conversion en bio (ou autre) du Château Margaux à un horizon temporel qui devrait peu ou prou correspondre à la disparition de l’espèce humaine grâce aux produits chimiques de toute sorte : « Nos amis très engagés dans le bio et la biodynamie ne comprendront sans doute pas. Ce n’est pas grave, je leur expliquerai à quoi ressemble une entreprise, mais un autre jour. »

Nicolas ne pensait sans doute pas à une aussi petite entreprise que celle d’Éric et Pierre quand il a écrit cela, car il est bien connu que le vrai courage ne commence qu’à partir de 1000 euros la bouteille (dont environ 980 euros de profit). Et évidemment les vignerons « très engagés dans le bio et la biodynamie » n’ont pas d’entreprise à gérer, ni de salariés, ça se saurait.

Pour le Vin de la Grange, le courage se bornera à exister, tout simplement. Ce n’est déjà pas si mal.

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