Il suffira d’un zeste…

Ma première rencontre avec les vins siciliens s’était soldée par un échec — ce qui me fait d’ailleurs penser qu’il faudra que je vous la raconte. Quand j’ai vu que Patrick Maclart organisait des dégustations sur le sujet lors de Vinexpo, et d’une je me suis inscrit (forcément), et de deux j’ai intitulé cela intérieurement Opération de la deuxième (dernière ?) chance.

Dans le même temps Patrick Böttcher nous gratifie d’un « les vins naturels italiens » comme thème des Vendredis du Vin de juin. Alors… euh… comment dire. Peut-être que, de sa lointaine Belgique, il n’a pas vraiment pris la mesure du néant absolu que représente l’importation de vin italien en France (à mon grand regret, d’ailleurs). Le choix est quasi inexistant, les prix sont rédhibitoires. Si on ajoute à cela que je déteste acheter un vin au hasard sans jamais l’avoir goûté ni avoir discuté au minimum 5 minutes avec le vigneron, on s’apercevra rapidement que les chances sont loin d’être de mon côté.

Je me suis déjà exprimé sur les thèmes de plus en plus restrictifs des VdV, et pour le coup je me suis dit que si je parvenais à placer 2 mots-clés sur 3, ce ne serait déjà pas si mal. Ce sera donc italien et naturel… mais pas du vin.

Retour à Vinexpo. Patrick nous présente la Sicile. Je prends un cours d’histoire, de géographie, de culture générale viti-vini. On y retrouve pêle-mêle des volcans, des cépages locaux (ça devrait faire plaisir à Arnaud et son Wine Mosaic, ça, tiens), une célèbre actrice française, la langue arabe avec un accent plus vrai que nature (Mars al-Allah, le port de Dieu, cela vous dit quelque chose ?), et surtout le soleil sicilien qui brille tout à coup dans les allées du salon, offrant un contraste saisissant avec le déluge prenant place à l’extérieur. Astérix et Obélix eux-mêmes n’auraient pas fait les fiers, tant l’impression que le ciel nous tombait effectivement sur la tête était saisissante.

Bref, je goûte des blancs, des rouges, des passito (passerillés), des vins mutés… avec plus ou moins de bonheur selon les cas, mais avec une impression générale claire : il se passe des choses intéressantes en Sicile. Et puis, sur la fin, presque comme une arrière-pensée, un petit verre de Limoncello (enfin, pas tout à fait, la Sicile n’ayant pas le droit d’utiliser cette appellation). Et là, une grosse claque.

Comme tout le monde, j’en ai déjà bu en fin de repas dans des restaurants italiens (une habitude qui se perd, d’ailleurs), et puis j’en ai goûté de bien meilleure qualité, ici et là lors de mes voyages en Italie. Mais rien de comparable à celui-ci. Je dois mener l’enquête… ce qui n’est pas trop compliqué étant donné que le stand du producteur se trouve à 5 mètres de là.

La Conca d’Oro (Coquille d’Or), une vallée non loin de Palerme, produit depuis longtemps des agrumes parmi les meilleures du monde, et surtout parmi les plus concentrées en huiles essentielles. Cette activité se transforme au 19è siècle et les huiles sont utilisées pour des préparations pharmaceutiques, des produits de beauté, des parfums, des arômes…

Cette fine ligne plus sombre ? Les huiles essentielles qui se séparent de l'eau et de l'alcool...

Cette fine ligne plus sombre ? Les huiles essentielles qui se séparent de l’eau et de l’alcool…

Mais, et heureusement pour nous, on en fait aussi des boissons. Le domaine Limonio possède des vergers, de la vigne, des oliviers. Les raisins servent notamment à faire l’alcool blanc entrant dans la composition des liqueurs, plutôt que d’utiliser de l’alcool de céréales. Les meilleurs fruits sont triés dans ce but, les autres iront garnir les étals des marchés de Marseille, entre autres.

Le principe de base est simple : faire macérer des zestes de citron (entre 5 et 10 kilos par litre) dans de l’alcool pur (96%) ou de la grappa pendant 2 mois, corriger avec de l’eau et du sucre pour obtenir une liqueur comprenant entre 30 et 35 degrés d’alcool. Comme d’habitude la qualité des ingrédients et du processus de fabrication feront toute la différence.

Lors d’une tentative pour faire de la liqueur de fraise, celle-ci sort naturellement blanche. Il faudrait donc utiliser des colorants et des conservateurs pour que le produit soit commercialisable. Ce à quoi la famille se refuse : « tout est fait naturellement, pourquoi ajouter des produits chimiques ? »

Il manque le soleil sicilien dans la liste des ingrédients...

Il manque le soleil sicilien dans la liste des ingrédients…

Nous y sommes donc : agrumes en agriculture bio, une liste d’ingrédients limpide (eau, sucre, alcool, fruit), pas de filtrage ni pressurage. Les zestes (ou les fruits entiers dans les autres cas) sont retirés de l’alcool dans lequel ils ont macéré, en prenant avec eux une partie du précieux liquide. Mais une fois de plus, pas question de transiger sur la qualité. Ces liqueurs seront naturelles ou ne seront pas…

Cela se retrouve évidemment dans le verre. Outre le délicieux citron (le meilleur limoncello d’Italie ?) et l’étonnante mandarine, le domaine produit aussi des liqueurs à base d’orange, ma préférée, d’une longueur en bouche incroyable; de figue de barbarie, au nez rappelant la sauce soja; de mûre, remarquable par son fruit très pur en bouche, malgré un nez plus volatil; d’épices, une recette secrète dans laquelle je pense détecter au minimum cannelle et clou de girofle; de cannelle, donc, du Sri Lanka, une des rares entorses au fait que tous les ingrédients proviennent du domaine; et pour finir de laurier, mon chouchou, une réelle découverte au nez sublime, équilibre prodigieux, utilisée comme digestif ou pour une marinade (j’en salive rien que d’y penser).

Le meilleur limoncello d'Italie, entouré des liqueurs d'Orange et de Mandarine

Reste l’épineux problème de la distribution, même si ces bouteilles sont disponibles en Belgique (oliovino), au Canada (LCBO) ou en Suisse (opera). Et en France ? Peut-être chez quelques cavistes du sud. Ô rage ! Ô désespoir ! En espérant que cela change…

2 thoughts on “Il suffira d’un zeste…”

  1. Alors, pour le vin italien, une seule adresse, et elle se trouve à Paris. 25 m2 nichés rue du Cherche-Midi chez Mihran, OenotecaMidi. 500 références de vins italiens, à prix très cohérents, conseillés et dénichés par un passionné. A chacune de mes dégustations de vins italiens, c’est chez lui, car il n’y a que lui, manifestement que je me fournis.
    Et je me permets même un lien:
    http://avis-vin.lefigaro.fr/magazine-vin/o25733-caviste-a-suivre-la-cave-enotecamidi-au-cur-du-6eme-arrondissement

  2. Emmanuel, merci pour le tuyau, je ne manquerai pas d’aller y faire un tour la prochaine fois que je serai sur Paris.

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