Futur du vin ou vin du futur

Domaine de Pélissols blanc - Vue de la Vallée de l'Orb - Haut-Languedoc

Le doc acide désoxyribonucléique est le président éphémère actuel des Vendredis du vin, 64è du nom, sur le thème du « Vin divin… ou Devil ». Bon là dit comme ça c’est pas forcément évident, mais si j’ai bien tout compris au contenu du billet de présentation l’idée est de lire dans le marc de raisin pour déterminer l’avenir du futur de notre breuvage préféré.

Vaste programme que celui-ci, jusqu’à ce que je me souvienne de ma rencontre avec Vincent Bonnal, du domaine de Pélissols, dans le fin fond du trou du cul du monde du Haut-Languedoc (non, ça c’est Lisson mais là c’est presque pareil !)

Après un périple digne d’une aventure des Castors Juniors, avec carte IGN au 1:1, boussole et kit de survie, j’arrive enfin au domaine, qui se trouve en fait juste après la sortie de Bédarieux en direction de Lodève si on a la présence d’esprit de suivre le panneau routier l’indiquant. Ça fait un peu moins Pékin Express mais c’est pas mal non plus comme technique.

Et là vous vous dites, il a dit Pékin Express comme il aurait pu dire Amazing Race mais non, je vous arrête tout de suite, ce choix a été mûrement réfléchi puisque Vincent m’accueille en me faisant déguster… du thé chinois. Ah bah oui là ça rigole moins, suite dans les idées toussa. Du thé délicieux, au demeurant. Je ne connaissais pas le principe des infusions successives, jusqu’à ce que le thé devienne trop amer. Je vais enquêter et en reparler, car cela m’intrigue.

Domaine de Pélissols - Thé Chinois

Tout ça pour vous dire (re-suite dans les idées toussa) que Vincent a passé de nombreuses années en Chine, qu’il est marié à une chinoise, et que c’est tout en fait. Et là je lis dans vos pensées et ce que j’y lis est tout simplement « rhôôô comment on le voit venir avec ses gros sabots du gars qui va nous expliquer que le futur du vin c’est la Chine. » Et bah même pas. Je ne racontais pas cette anecdote pour rien, mais il faudra continuer à lire pour comprendre (ceux qui pensent que l’avenir du vin c’est la Chine peuvent s’arrêter là).

Le thé et les présentations terminés, Vincent me révèle son plan diabolique : du pain, du vin et du Boursin. Euh non, et de la saucisse sèche de l’un des meilleurs charcutiers de l’univers qui sévit non loin de là. Et en route pour une dégustation au milieu des vignes, où s’il ne fait pas nécessairement bon vivre, on peut encore au moins aller picoler. Évidemment cela va définitivement détruire ma réputation de dégustateur professionnel qui, s’il est sérieux, ne goûte des vins que dans un environnement stérilisé, en blouse blanche, après une rigoureuse fouille au corps et muni seulement d’une paillasse (carrelage blanc de rigueur), d’un crachoir, d’un carnet de notes et d’un stylo. Ouais mais bon, entre ça et la saucisse sèche, vous m’excuserez…

Domaine de Pélissols - Vigne de Grenache - Vallée de l'Orb - Haut-Languedoc

Nous nous installons donc sur une terrasse de vignes ayant vu imprenable sur le Caroux pour casser la croûte et discuter un peu. Notamment du futur des vins, qui sera probablement à peu près le même qu’aujourd’hui en fait : un océan de vin sans intérêt à un prix attractif ; quelques îlots de grands crus de plus en plus inabordables ; une mer de domaines sympas, mêlant allègrement bonnes affaires et attrape-nigauds.

Et le vin franco-français, dans tout ça ? Je suis assez pessimiste. La première catégorie me semble sérieusement menacée : même en matraquant au maximum les vignes avec des produits de synthèse toujours plus efficaces (enfin, si l’on en croit leurs producteurs), même en mécanisant à fond, même en faisant de la culture hors-sol, je vois mal comment la viticulture française pourra rivaliser sur les prix. Structurellement, cela me paraît impossible.

La deuxième catégorie me paraît assez protégée. Quant à la troisième… c’est plus compliqué. Et je pense que le vigneron du futur se trouve probablement en face de moi : il a commencé par s’intéresser à bien d’autres choses ; il a voyagé et vécu des expériences diverses dans toute la filière vin ; il revient dans un endroit où il est possible de faire du vin à un prix raisonnable ; il a discuté, échangé, gambergé ; il vise la qualité, aussi bien dans le résultat que dans la démarche : en bio évidemment, en nature même tant que possible, dans une approche globale à la vigne ; il pratique une commercialisation intelligente, diversifiée, à prix réalistes ; et une communication claire, engagée, en phase avec son époque.

Ce vigneron existe clairement déjà aujourd’hui. À l’échelle de la production française (qui, rappelons-le, se tire la bourre avec l’Espagne et l’Italie pour savoir qui produira le plus, loins devant tous les autres), cela ne représente encore que quelques gouttes d’eau, un petit ruisseau qui fera de grandes rivières (sortez les violons).

Domaine de Pélissols blanc - Étiquette - Vallée de l'Orb - Haut-Languedoc

Et là vous vous dites « bon il en a pas un peu fini avec son baratin, quand est-ce qu’il nous parle des vins ? » Oui, je sais, y a que ça qui vous intéresse dans la vie, si c’est pas malheureux…

4 cuvées : blanc, rosé, rouge et rouge. Elles s’appellent toutes « Domaine de Pélissols » (parce qu’un nom de cuvée original, ça compte !) sauf que comme y a 2 rouges et qu’ils peuvent quand même pas s’appeler pareil, le deuxième (ou le premier, suivant comment on se place) répond donc au doux nom de Luna Novélà.

Le blanc (70% muscat, 30% chardonnay) est très représentatif du cépage dominant. Le chardonnay apporte un côté gras qui fait justement souvent défaut aux muscats secs, tout en jouant parfaitement son rôle d’exhausteur de goût. 12 euros.

Le rosé (100% grenache + quelques % de syrah, ça dépend des années, et oui ça dépend ça dépasse bravo on reconnaît les forts en maths), le rosé donc, est mon chouchou. Là c’est simple j’adore. C’est fruité mais c’est vineux, c’est frais mais c’est complexe, on y trouve la pointe de paradoxe qui fait les vins de caractère. Vous pouvez y aller les yeux fermés, surtout pour 8 euros.

Pour ce qui est des deux rouges, c’est là que l’adage « les goûts et les couleurs » prend tout son sens (sauf qu’il n’y a qu’une couleur mais bref). D’un côté le Luna Novélà (dominante grenache avec du merlot et parfois de la syrah, 8 euros) et de l’autre la cuvée domaine (syeah-merlot, 12 euros) n’ont finalement pas grand chose en commun. La première, plus généreuse, plus abordable, ravira les amateurs de fruit et les impatients. La seconde, plus sérieuse, un poil plus austère, devra être attendue.

Et pour en savoir plus, il y a un très beau dossier de presse que je vous invite à consulter. Il est fort bien rédigé, très informatif, et je ne suis pas payé pour faire du copier-coller. D’ailleurs je suis pas payé du tout !

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