Expirez… inspirez !

Ce que j’aime, dans les Vendredis du Vin (dont je suis très fier d’être président tournant ce mois-ci), c’est leur côté fédérateur, l’envie d’écrire que cet événement peut susciter, les vocations qui commencent à poindre. Toutes les participations sont les bienvenues, et c’est pourquoi j’accueille aujourd’hui Boris Politi (Champagne François Diligent) comme invité sur mon blog, pour lui donner accès, en quelque sorte, à la tribune. Son billet personnel, poignant, sincère méritait vraiment d’être publié. Bonne lecture !

Photo de profil - Boris Politi

Oxygène, O2 c’est donc une histoire de respiration une histoire où l’on est deux aussi… à trois déjà (O3) l’histoire n’est plus la même… dans mon cas précis c’est aussi une histoire de bulles, d’humanité et une tragédie.

La tragédie commence un jour de janvier 2012, le 21 (il y a des dates que l’on oublie pas contrairement à ce que j’explique régulièrement à la police pour mes excès de vitesse) ce jour-là mon jeune frère en vacances, son premier jours de vacances, m’écrit un dernier texto pour me dire qu’il était fatigué… il ne se réveillera pas… il était parti chercher l’oxygène des cimes a Tignes…

Ce jour-là je fais la connaissance de Jean-Hervé Chiquet qui m’aidera quelques jours plus tard à faire démarrer mon activité professionnelle… les premières bulles d’une respiration professionnelle, jour fatal mais aussi jour de renaissance.

Mais c’est de vins qu’il faut parler et le vin dans cette affaire tragique m’a permis de reprendre pieds a deux occasions.
La première fois ce fut avec le vin de Francois Chidaine, nous étions tous réunis pour saluer le départ de mon frère sur un catamaran dans le port de Marseille… Le vouvray de Francois Chidaine a participé à rendre compréhensible une vie qui soudainement avait perdu du sens, il a permis de retrouver du courage et de repartir de l’avant bref il m’a permis (et pas seulement a votre serviteur) de reprendre une respiration après une longue apnée… François on ne se connait pas mais sache-le j’aime l homme au delà de son vin. Car quand on respire on sent l’homme derrière le produit.

Ceci étant dit une respiration n’est pas assez il en faut deux (O2) c’est comme deux pieds pour marcher, deux mains pour caresser et deux yeux pour voir en profondeur…

Le deuxième vin qui me permit de respirer a été dégusté dans le cadre d’un palace parisien des Champs-Elysées lors d’une nuit de folie… C’était une semaine après le baroud marseillais avec la compagne de mon frère nous avions passé la journée a régler des détails de successions… L’ambiance était donc un poil morose et craquant ma tirelire je l’avais invitée chez mon client pour diner. L’équipe du restaurant, au courant des circonstances particulières de ce repas nous a gardé jusqu’a 5h du matin… en ouvrant gracieusement quilles fabuleuses après bouteilles magiques et à la fin parcequ’ils savaient que c’est une bouteille que j’aime j’ai eu droit a une Cuvée des Enchanteleurs d’Henriot… Henriot est une famille qui ne possède pas de vignes (ou si peu), qui ne vinifie pas elle-même ses vins (c’est la coopérative des Champagne Palmer qui le fait pour eux) et pourtant c’était grand ! Tout le génie de la champagne est résumé par Henriot dans cette cuvée… Pas de vigne, pas d’outils et pourtant à la fin il y a un vin… Pas seulement un truc à bulles mais un vin un vrai… Il est exact de dire que je suis partial car il y eut aussi quelques belles bouteilles de chez Coche-Dury et bien d’autres dont je ne me souviens pas. Mais la respiration fut apportée dans mon souvenir par Henriot et les Enchanteleurs 95, j’aimerais dire MES Enchanteleurs 95.

Mon frère me manque mais aussi bien les rencontres avec les hommes du vins (Jean-Hervé Chiquet de Jacquesson), leurs esprits (François Chidaine) et le génie d’une région (Henriot) peuvent aider à reprendre une respiration, une bouffée d’oxygène quand la sensation d’étouffement menace de vous prendre et de vous garder.

C’est un petit billet narcissique, hédoniste et tragique, peut-être même (sûrement) psychanalytique, je ne sais pas si vous le lirez mais j’ai respiré à l’écrire…

–Boris Politi

(hébergé par…)

4 thoughts on “Expirez… inspirez !”

  1. Beau texte.
    Toutefois, une petite erreur sur Henriot.
    La coop Palmer loue le matériel et quelques membres de son personnel à Henriot qui intervient avec ses propres équipes et son propre chef de caves. C’est la raison pour laquelle, depuis longtemps, les champagnes Henriot sont au top.

    1. Boris dit :

      Mea culpa mea maxima culpa

  2. Boris, encore merci pour cette contribution, on recommence quand tu veux ! (à moins que cela ne te donne vraiment des idées…)

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