États d’âme…

Un mois que je n’ai rien écrit. Manque d’inspiration ? Certainement pas. Manque de temps ? Toujours, mais c’est un faux-semblant. Lassitude ? Oui, très clairement. Sale temps sur la blogosphère : le débat est parfois passionnant, mais quand cela vire à l’exercice de sniper, tout le monde rentre dans sa coquille et fais le dos rond. Ras-le-bol des étiquettes : « ah c’est toi qui ne blogue que sur les vins nature » (ah bon ?), « ah oui toi tu es du genre à ne parler que de ce qui est connu » (ah bon ?), « ah oui toi tu ne parles que de gros producteurs, ça ne va pas t’intéresser » (ah bon ?), « ah oui toi tu ne t’engages pas » (ah bon ?), « ah oui mais toi tu es un blogueur de salon » (ah bon ? c’est la nouvelle insulte à la mode), « ah oui c’est toi qui ne bois que des grandes bouteilles » (ah bon ?), « ah oui c’est toi qui parle tout le temps avec [mon grand ennemi] sur les réseaux sociaux » (ok ça c’est probablement vrai), « ah oui c’est toi qui écris avec les pieds » (c’est faux, j’écris avec les mains).

Alors oui, je suis certainement coupable de tout cela et de bien d’autres choses encore. N’empêche que les procès d’intention à répétition, les « tu es soit avec moi soit contre moi », les guéguerres incessantes, les cabales et autres coteries, les insultes, les menaces et les règlements de compte à distance, ce que ça m’inspire c’est que… ça ne m’inspire pas, et ça me coupe même carrément l’envie. Pourquoi reprendre la plume aujourd’hui ? Tout simplement car, le week-end dernier, j’ai marché dans les pas de Vincent Pousson (« ah oui mais toi t’es un suiveur » … ah bon ?), ce qui s’explique aisément puisque je lis souvent son blog en quête de bonnes adresses.

Bref, le début de cette histoire se passe aux Demoiselles Dupuy, pour se vider un peu la tête. Je vous invite à aller lire le billet de Vincent, donc, tout y est très bien expliqué. Ce déjeuner se résume à des amis, des bons plats, un cadre idyllique (au bord de l’étang de Thau, vue sur Sète, soleil de plomb et petite brise bienvenue), des serveurs aux petits soins… Ce jour-là, pas de moules (damned) pour cause de pluies récentes ayant troublé l’eau de l’étang, tant pis, on fera sans. Pour ma part, des filets de maquereaux à la tapenade somptueux, pendant que le reste de la troupe reste dans le classique (l’indémodable dorade). Et surtout un champagne sublime, racé, la noblesse du Blanc de Blancs de l’ami Francis. Le meilleur 2001 de Champagne ? Pas impossible, tant ce Rachais nous enchante. Nous enchainons sur un picpoul boisé (la cuvée 1744 de Ludovic Gaujal), qui peine à convaincre : nous préférons le Picpoul sur sa vivacité. Ça se laisse boire, cependant. Peut-être sur un poisson accompagné d’une sauce plus riche…

Boulard Rachais 2001 champagne Blanc de Blancs

La suite, c’est le lendemain, sur un coup de tête. De nouveaux amis m’entraînent à La Cave Saint-Martin, à Roquebrun. Il paraît que le patron est un personnage, qu’on y mange du cochon heureux (encore une fois, allez lire ce billet, ça m’évitera les redites) et que la sélection de vins est merveilleuse. Nous y rejoignons Max et Lucille (sommeliers de leur état) ainsi qu’une partie de la famille Andrieu, plus connue pour être derrière le Clos Fantine à Faugères.

La chaleur est écrasante sous les toiles tendues. Une bouteille de vin blanc est immédiatement commandée, mais aussi et surtout de l’eau, de l’eau, de l’eau… S’ensuivent quelques assiettes de cochonailles et plusieurs bouteilles. Nous restons au blanc, j’ai du mal à m’imaginer boire du rouge par ces températures. Honnêtement, je ne me souviens plus exactement de ce que nous avons bu. Non pas par manque de modération, mais plutôt bien parce que cela n’avait pas tellement d’importance. Le vin était aussi plaisant que la compagnie était bonne, alors au diable les étiquettes ! Il y avait notamment le 100% terret de La Fontude (qui partait un peu sur l’oxydé à mon goût, mais pas de quoi en faire tout un drame), un assemblage improbable de chez Thierry Navarre (le local de l’étape, toujours au top) et d’autres dont le nom m’échappe…

Vint ensuite l’histoire des anchois. J’aime pas les anchois. « Oui mais là tu vas voir c’est pas pareil, tous les gens arrivent ici en disant qu’ils aiment pas les anchois et puis en fait si. » Haha on ne me la fait pas à moi. Aucune chance. Haha. Bon allez je goûte pour te faire plaisir.

Le premier qui touche aux anchois je lui plante ma pique en bois dans la main. Que les choses soient claires. Écartez-vous mécréants ! Ce sont mes anchois. MES anchois. Reculez, bande de bêtes sauvages. Mes précieuuuuuuuuuuuuux.

(Comment ça j’éxagère ? Oui oh eh bon ça va on est dans le sud ou on est pas dans le sud !?)

Anchois fumés Nardin

Je me souviens qu’à un moment, ce fut à mon tour de choisir. Ne connaissant pas la cave, je suis allé faire un tour à l’intérieur (climatisé) avec pour mission de prendre un blanc de l’Anglore (ce sera une clairette) et… autre chose, qui se révèlera être une cuvée de Roucaillat du domaine des Hautes Terres de Comberousse (dont j’avais déjà parlé ici, et que je voulais regoûter).

La clairette de l’Anglore est sur la finesse, un vin à la rencontre duquel il faut aller. Nous en sommes aux crudités, cela fonctionne. Le Roucaillat possède un aplomb incroyable. Ce jour-là, c’était sur l’oxydatif, les arômes de noix. L’avons-nous rejeté pour autant ? Nous sommes-nous roulés par terre ? Avons-nous enjoint le propriétaire de vider cette bouteille à l’évier ? Bien sûr que non. En guise de cinéma, nous avons simplement commandé une assiette de fromage. Un grande idée, par ailleurs, tellement le gouda était délicieux. Comme disent nos amis américains : si la vie te donne des citrons, fais-en de la limonade…

Hautes Terres de Comberousse (Languedoc) - Cuvée Roucaillat 2008

Un magnum apparaît : La Peur du Rouge 2012 d’Axel Prüfer… Je ne suis pas grand fan de ses rouges, car il est désormais bien connu que la macération carbonique n’est pas trop ma tasse de thé. Mais ce blanc est un grand vin, point. Qui me réconcilie avec ce vigneron qu’on me décrit perfectionniste et inventif. Ma voisine de table en parle mieux que moi : « c’est une booooombe ! » — j’opine.

Pendant ce temps une grande bassine est apparue sur la terrasse, bientôt remplie d’eau. Les enfants s’amusent, se régalent de cette fraîcheur salvatrice. Les adultes, imperturbables, continuent de discuter, de manger, de boire, leurs soucis envolés, leurs tracas disparus. Séance des desserts, et un petit rouge pour la fin : la Buvette à Paulette de Jeff Coutelou. Pour finir en beauté. La vie est belle, ou bien ?

La Buvette à Paulette - étiquette Mas Coutelou

Le temps de récupérer les serviettes et les maillots de bain et de traverser le pont, nous sommes dans l’eau. L’Orb est basse, nous arrive à peine aux genoux là où d’habitude nous n’aurions même pas eu pied, témoin évident de la dure sécheresse qui frappe le Languedoc cette année. Il ne va pas être évident, ce millésime 2014, que ce soit à Faugères, à Saint-Chinian, dans la plaine de Béziers, et probablement dans tout le reste de l’Hérault. Les étangs sont vides, les puits et les forages sont à sec. Certaines communes ont des coupures d’eau courante. Il faut renoncer à arroser, notamment, les plantations du printemps.

Pendant ce temps-là, me délectant de la fraîcheur régénérante de ce bain, repensant à cette journée parfaite, je retrouve l’envie d’écrire…

2 thoughts on “États d’âme…”

  1. ghislaine dit :

    Très bon article qui remet parfois les choses et les personnes à leur place et qui se termine sur une pointe de bonne humeur.

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