En 1985…

Le thème choisi par La WINEista pour la 85e édition des Vendredis du Vin est… 1985. Tout simplement.

Mon premier réflexe a bien entendu été de me remémorer les grands vins que j’ai pu boire dans ce millésime : un Hermitage La Chapelle de Jaboulet inoubliable ? Un Palmer surprenant ? L’Église-Clinet et Lafleur rivalisant épaule contre épaule ? Un millésime extraordinaire de Dom Pérignon et l’accord parfait avec du veau aux morilles ? Un Clos de la Roche de Dujac à pleurer ? Un cabernet-sauvignon californien de la grande époque ?

Au final aucune de ces bouteilles ne me semblait mériter d’être mise en avant plus qu’une autre… Et même si je suis persuadé qu’elles me procureraient toujours beaucoup de plaisir et d’émotions aujourd’hui, elles ne sont plus forcément représentatives de mes goûts actuels.

Je me suis donc plutôt demandé où j’étais en 1985, ce que je faisais. Je rentrais dans l’adolescence, cet âge où boire de l’eau colorée ne suffit plus. Je me suis rappelé de la fierté ressentie lorsqu’on a (enfin !) droit à son propre verre avec une goutte de vin le dimanche, et la difficulté de faire semblant de l’apprécier. Le mimétisme avec les adultes est puissant, il convient de ne pas rompre le charme avec une mine de dégoût. Je suis pas très pub, mais celle-ci résume bien l’aplomb que j’essayais de conserver en buvant mes premières gorgées de vin.

Mais plus que le breuvage lui-même, ce dont je me souviens surtout c’est la visite des caves bourguignonnes en famille. Il s’agissait d’oenotourisme bien avant que ce concept ne trouve un nom, une sorte d’intelligence paysanne qui savait créer le décorum désiré et nécessaire. Du haut de mon mètre trente-cinq je me penchais néanmoins pour passer par la petite porte menant à la cave. Puis c’était l’épreuve de l’escalier glissant et faiblement éclairé avant d’arriver dans la cave, le bruit des graviers sous nos pas, les moisissures réconfortantes aux murs, les fûts bien alignés, les petits verres posés sur un tonneau retourné, les vins glacés et bien sûr interdiction de cracher (ou alors par terre, à la limite).

Fût Dégustation Domaine Raveneau Chablis

On allait chez Colinot à Irancy, chez Jouby à Saint-Bris, le vin de l’année était toujours le meilleur, ça tombait bien il était à vendre ! On dégustait avec Monsieur, on passait commande, on remontait payer à Madame dans la cuisine… « Ah, un chèque, vous n’avez pas de liquide ? » … rituels immuables qui sont restés profondément ancrés dans ma mémoire. C’est certainement pour cela que j’ai du mal à acheter du vin ailleurs que chez le producteur. J’aime cette mise en scène, ces codes, ils participent à un imaginaire qui ressurgira à l’ouverture de la bouteille, rendant le vin encore meilleur, lissant ses défauts en les remplaçant par des souvenirs, à mille lieues des points, des critiques, des notes de dégustation.

Escalier Domaine Raveneau Chablis

C’était en 1985…

Un commentaire sur “En 1985…”

  1. Ghislaine Deschamps dit :

    Très bien résumé , j’ai l’impression d’avoir remonté le temps en un clin d’oeil !

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