Deuxième chance

Éloge de la patience… vaste thème que celui retenu ce mois-ci par Maïlys, notre présidente éphémère des Vendredis du Vin (63è épisode). Dans le monde du vin, tout ne semble être que patience incarnée. Laisser le temps au temps, savoir saisir l’instant propice, avoir confiance dans cette nécessité d’attendre.

Il y aurait beaucoup à dire sur le vieillissement du vin en cave, et la récompense d’oublier certaines bouteilles le temps qu’elles grandissent et s’épanouissent. Je fais preuve d’une patience presque infinie dans ce cas précis. Je discute souvent avec des amis ayant acheté les mêmes vins que moi. Lorsque j’ouvre ma première bouteille, ils ont souvent déjà fini les leurs. Je déteste être pressé (j’ai d’ailleurs cessé de l’être), et ce d’autant plus lorsqu’il s’agit de vin.

Je vais cependant choisir de vous conter une anecdote concernant un autre type de patience, celle de la bouteille déjà ouverte.

Étiquette Hermitage blanc cuvée l'Orée 1991 - Chapoutier

Il y a bien des années de cela un ami me rend visite. J’avais encavé quelques bouteilles d’Hermitage blanc de Chapoutier : cuvée de l’Orée 1991. En dehors du Condrieu et de sa spécificité viogniesque, je reste globalement hermétique au charme des vins blancs du Rhône septentrional. Pire, je ne les comprends pas. Leur aromatique m’est étrangère, ils se montrent parfois fluides et parfois gras, parfois incroyablement expressifs et parfois s’en allant sur la route de l’oxydation… avant (toujours parfois) d’en revenir dans une improbable pirouette. J’ai du mal à m’accommoder de cette humeur changeante, lunatique : je lui préfère la stabilité, la trajectoire prévisible et rectiligne, la constance dans le caractère.

Je décide, sur un coup de tête, d’ouvrir une de ces bouteilles, presque plus par curiosité qu’autre chose. J’avais goûté le vin quelques mois plus tôt et l’expérience m’avait laissé dubitatif. Mais qu’en sera-t-il aujourd’hui ? Qu’en sera-t-il demain ? La seule solution est de faire sauter le bouchon…

Je relate un peu plus tard l’expérience sur iacchos, en termes assez directs :

D’autre part j’ai goûté le 91 de l’Orée de Chapoutier, à propos duquel Parker est aussi dithyrambique… à l’ouverture c’était vraiment pas top et limite imbuvable car n’apportant aucun plaisir. D’ailleurs on a fait le risotto avec, c’est pour dire. Comme personne n’en voulait je l’ai laissé au frigo pendant des jours et des jours, et c’est seulement le 5è jour que le vin était vraiment sublime – et pour le coup, un de mes meilleurs souvenirs sur les vins blancs. Bien qu’étant encore relativement jeune, je ne sais pas si je peux espérer un jour boire une bouteille de ce vin à pleine maturité.

Cette expérience m’a profondément marqué, à l’encontre des jugements hâtifs, des bouteilles trop rapidement expédiées ou des dégustations à la chaine… Il me semble illusoire de demander à un vin de performer, pour utiliser un anglicisme à la mode. Cela ne fait pas partie du contrat. Chaque bouteille est une découverte, une rencontre et certaines ne se livrent pas aussi facilement que d’autres. Ce sont malgré tout souvent les plus fascinantes lorsque la messe est dite.

Patience, tolérance, et deuxième chance.

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