De l’écriture…

Qui : Mas de l’Écriture
: Chez Boris, Montpellier
Quand : En marge de Vinisud 2012
Comment : Dégustation de 12 millésimes du domaine
Transparence : je n’avais bu qu’une seule fois un vin du domaine, de mémoire la cuvée Les Pensées 2007.

Remontons dans le temps pour revenir à Vinisud 2012 (oui, c’était bien il y a plus 3 mois). Je n’aime pas écrire à chaud. Comme pour certains vins, il faut que cela décante, que le temps fasse son oeuvre, que les détails s’effacent et laissent place à l’essentiel, à la substantifique moelle de l’os que je viens de ronger pendant quelques jours, semaines, mois, années…

En tant que lecteur, je n’apprécie aussi que très rarement lire des billets de différents bloggers sur le même sujet, publiés à la queue leu-leu, contenant peu ou prou les mêmes informations. Parfois chacun décide de considérer l’évènement, ou le vin, sous un jour différent : on assiste alors à une espèce de reportage en 3D qui réussit à tout couvrir, à tout décrire, pour un résultat d’ensemble très agréable. Mais le plus souvent, c’est rébarbatif.

Maintenant que j’ai trouvé une bonne excuse pour expliquer pourquoi cela m’a pris tant de temps, j’en viens au fait : une dégustation de 12 millésimes du Mas de l’Écriture, de la cuvée du même nom, en marge de Vinisud 2.0. L’idée me plaisait beaucoup car je n’ai malheureusement pas tous les jours l’occasion de déguster de vieux millésimes du Lamguedoc. À vrai dire ce genre d’opportunité se limite à ceux que j’ai en cave…

Je me retrouve donc chez Boris sur l’Esplanade, le haut-lieu montpelliérain du « bistro fast-food de luxe » (lire : ambiance bistro, carte fast-food, prix de luxe). Les 12 bouteilles promises sont bien là, et après une courte introduction je m’attelle à ma tâche. Je ne vous redonne pas les caractéristiques techniques car le site du Mas de l’Écriture est très bien fait et vous y trouverez tout ce que vous voulez savoir : notamment où trouver et acheter les vins du domaine, en général l’information que je cherche 90% du temps, et que je trouve 10% des fois…

Dégustation de 12 millésimes du Mas de l'Écriture

Pour résumer : AOP Languedoc Terrasses du Larzac, Terroir de Jonquières, 60% Syrah 30% Mourvèdre 10% Grenache, élevage bois en petits contenants (225 litres) jusqu’à 2003 puis divers gros contenants ensuite (de 350 à 600 litres).

La version « brut de décoffrage » donnerait peu ou prou ceci :

1999 beau nez de vin vieux, pointe alcoolique en bouche, boisé assez prononcé et un peu assèchant

2000 beaucoupp plus frais en bouche, belle longueur, tannins fins bien intégrés, très beau vin

2001 nez plus chaud, typique des vieux Languedoc et du millésime, beaucoup de fraicheur, bel équilibre, belle présence tannique malgré des tannins pas encore tout a fait intégrés, tres long en bouche

2002 nez plus discret, beau volume en bouche, pointe alcoolique, arômes légèrement oxydatifs

2003 nez d’encre, concentré, un peu volatil, monolithique, assèchant en bouche, arômes mûrs (raisins secs), finale un peu courte

2004 plus léger en bouche, millésime classique, très sobre, très bel équilibre sur une belle acidité

2005 belle fraîcheur mais léger manque de volume, le vin paraît un peu « en dedans »

2006 nez très séducteur, millésime classique, chaud et concentré, belle longueur mais un peu « over the top »

2007 relativement tannique, un peu assèchant, joli profil aromatique, assez court en bouche, mérite peut être plus de temps

2008 superbe profil aromatique (pointe de réglisse), belle acidité, délicieux, ça « garrigue », parfait maintenant

2009 riche et alcooleux, trop pour moi, puissant mais creux en milieu de bouche, à revoir

2010 encore sur fût, difficile a déguster par rapport aux autres : pas du tout le même profil aromatique, grosse présence tannique mais pas très expressif

Pour moi c’est parlant, on y voit bien mes travers de dégustateur (il faut croire que j’aime l’acidité), mais je doute que ça donne envie à quiconque de boire du vin…

Le paradoxe, c’est que j’étais tranquillement assis à ma petite table, comme à l’école, concentré sur ma tâche, faisant (presque) abstraction de la cohue, à déguster du vin de manière « scientifique » tandis que partout autour de moi les bouchons sautaient, les verres se remplissaient et se vidaient, les discussions se faisaient plus enjouées, les plats disparaissaient, quelques rires fusaient… et je continuais, impassible, à ne pas boire du vin mais à le déguster, à le recracher, à faire comme si.

La conclusion « sèche » c’est que la cuvée l’Écriture, c’est bon, un peu cher pour mon porte-monnaie, et que mon tiercé gagnant est 2001, 2004, 2008.

La vraie conclusion c’est que j’aurais du faire fi des convenances, commander une entrecôte, me joindre aux autres tables, verser du vin, l’avaler, en parler à mes voisins, profiter de l’aubaine, apprécier chaque millésime sans chercher à le juger, simplement boire et quand ça ne me plaisait plus, passer à la bouteille suivante. Transformer ce vin de dégustation, mort, en vin à boire, vivant —— ce qu’il n’aurait jamais du cessé d’être.

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