De l’Art ou du Cochon

Writing about music is like dancing about architecture.

——Frank Zappa

(Ecrire sur la musique, c’est comme danser sur l’architecture)

En voyant le thème choisi par Véronique du Mas Coris pour les Vendredis du Vin, je me suis dit que cela serait le bon moment pour revenir sur la dégustation « visuelle » des Outsiders ayant eu lieu au Pavillon 2.0 de Vinisud.

Cette idée de dégustation « visuelle » m’interpellait car il s’agissait de remplacer le mot par l’image. Je déteste les sempiternelles notes de dégustation standardisées par la critique, qui se mettent elle-mêmes au défi de nous faire découvrir un vin en nous assénant une liste rocambolesque d’adjectifs. Une vraie note de dégustation se doit de plus, pour en jeter plein les mirettes, de tenter d’atteindre un degré de précision aussi vain que ridicule, quand l’auteur ne sombre pas directement dans les allusions grivoises à la féminité ou la célébration superlative de la masculinité (car avoir la plus grosse est clairement un gage de qualité, c’est bien connu).

Je ne résiste pas au plaisir de vous décrire une oeuvre d’art comme Guernica dans le même style :

Pablo Picasso Cuvée Guernica 1937 - une véritable oeuvre d'art

Pablo Picasso Cuvée Guernica 1937

Le nom de cette cuvée correspond au terroir basque de Guernica. Ce tableau monumental, impressionnant par ses dimensions (3.5 mètres de haut sur 7.8 mètres de long) occupera avantageusement tout un mur de votre immense salle de réception. Peint à l’huile, il est composé des couleurs suivantes : noir (40%), blanc (35%) et bleu marine (25%). Sauvage (taureau, cheval), dramatique (êtres humains en souffrance), à la violence inouïe (épée brisée, incendie), avec un boisé subtil (pousse de chêne), ce tableau est un grand classique qui devrait perdurer à travers les décennies. Je vous conseille d’hypothéquer votre maison pour l’acquérir. 100 points.

Soyons sérieux deux minutes : si Guernica était un vin, cela vous donnerait-il l’envie d’en boire ? Moi non plus. En revanche si je vous disais tout simplement que c’est un des plus grands symboles de la paix, vous auriez peut-être envie de faire le trajet jusqu’à Madrid.

Dégustation visuelle des Outsiders

Moi aussi je peux retoucher une mauvaise photo avec des filtres basse qualité et faire croire que je suis un photographe !

Je ferme cette parenthèse et j’en reviens à l’idée de Louise Hurren : plutôt que d’associer un vin à des mots, pourquoi ne pas plutôt l’associer à des images ? L’idée est séduisante et chaque participant se voit remettre un vocabulaire (très limité) sous la forme d’une mosaïque d’images. Dès le premier vin dégusté, l’évidence est que cette approche est beaucoup plus immédiate et directe : tout le monde sait très bien qu’une image vaut mieux qu’un long discours, et cette dégustation le confirme clairement. L’autre bénéfice est que résumer un vin à une image nécessite de le considérer dans sa globalité. J’ai rapidement eu l’envie d’associer une image au nez et une autre à la bouche, ou d’en mélanger deux pour parvenir à un résultat plus « juste ».

Mais au final, la justesse est-elle ce que je recherche ? Non, car je ne cherche pas à juger. Je préfère (avec mes mots plutôt qu’avec mes images) raconter des histoires, de celles qui avec un peu de chance susciteront l’envie de faire sauter quelques bouchons. Avec la modération chère à Mark Twain, bien entendu : « Soyez modérés en toute chose, y compris en modération ».

Et j’allais oublier, pour ce qui est de la question : cochon, bien sûr.

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