Cours, Cheverny, cours !

Je continue ma série de voyages loufoques à la découverte des appellations de la Loire par une étape du côté de Cheverny, une petite bourgade bien sympathique (je dis ça, en fait j’en sais rien) principalement connue pour son château. Hergé s’en est inspiré pour créer le château de Moulinsart, ce qui est bien la preuve que tout le monde copie quelqu’un d’autre et que les avocats des héritiers d’Hergé seraient bien inspirés d’aller se faire cuire le cul (pour reprendre une des expressions favorites de Sand) plutôt que de passer leurs journées à tyranniser le web. Mais je digresse…

Revenons-en, si vous le voulez bien, au vin. Ou plutôt, auX vinS, puisque Cheverny a l’honneur et l’avantage de bien foutre le bordel dans les appellations françaises en prêtant son nom à deux AOP distinctes. Déjà qu’on avait aucune idée d’où ce village allait percher… bon ok, dans la vallée de la Loire, mais elle est quand même longue, cette rivière. Nous nous trouvons donc légèrement au sud-est de Blois. Mais si, enfin, Blois ! À mi-chemin entre Tours et Orléans, vous voyez bien ! Non ? Disons que sur une ligne qui irait d’Anvers à Bayonne, c’est à peu près au milieu (Brest et Genève ça marche aussi). Là tout de suite ça devrait vous fixer les idées…

Deux appellations, donc. C’est sûr que c’est pratique pour les examinateurs du WSET en manque de questions inutiles, mais pour le péquin moyen c’est bien de galère qu’il s’agit. Comme je ne me rappelle jamais de laquelle est laquelle, je me permets de les présenter séance tenante :

Dans le coin gauche, en short doré, le challenger, une appellation poids plume d’une cinquantaine d’hectares, patrie du Romorantin (un cépage blanc confidentiel), classée en VDQS (Vin De Qualité Supérieure) en 1973 et AOC en 1993, vainqueur de tous ses duels par K.O. j’ai nommé : Cour-Cheverny !

Dans le coin droit, en short grenat rayé d’or, le tenant du titre, une appellation poids lourd de plus de 600 hectares qui produit à la fois des rouges, des blancs et des rosés, et où c’est la fête du slip question cépages (gamay, pinot noir, cabernet franc, côt, pineau d’aunis, sauvignon blanc, chardonnay et chenin), classé en VDQS dès 1949 et en AOC depuis 1964, j’ai nommé : Cheverny !

Pas de coups bas, et que la meilleure l’emporte…

Bon, vous me direz, si c’est du rouge ou du rosé, c’est simple, de toute façon c’est pas du Romorantin donc on se fiche un peu du nom de l’appellation sur l’étiquette. Mais si c’est du blanc… c’est là que ça se complique ! Et pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

Le pire dans tout ça, c’est que les deux appellations ont (en gros) été confondues jusqu’en 1993. Et jusqu’à ce moment-là, l’AOP Cheverny s’appelait de 1964 à 1973 Appellation d’Origine Simple Coteaux du Blésois (ce qui est géographiquement encore plus difficile à situer pour quiconque n’habite pas à moins de 50 kilomètres de là), et même (accrochez-vous au pinceau j’enlève l’échelle) VQDS Mont près Chambord Cour Cheverny. Rien que ça. À ce compte-là autant rajouter le code postal et les coordonnées GPS à la fin !

Bref, mon avis à moi que j’ai, c’est que Cour-Cheverny pourrait aisément garder son nom, et Cheverny devenir… Chambord. Non, pas le château, l’appellation ! Seul hic (de taille), Chambord (le village, pas le château, faut suivre) ne se trouve pas (encore) sur l’aire d’appellation. Ça fait un peu désordre. Mais avec un peu de bol cela nous permettrait de nous y retrouver… Enfin, de mieux nous y retrouver. Peut-être. Vaguement.

Tout ça pour dire, des vignerons y font du vin, et méritent qu’on se penche sur leur cas.

Philippe Tessier Cour Cheverny Les Sables 2011

Je commence d’entrée de jeu par mettre les points sur les i avec une cuvée que j’adore, et qui montre à mon sens tout l’intérêt du Romorantin, notamment dans son expression de la minéralité. Et tout cela pour 10 euros environ. Comme d’habitude y a moins bien, mais c’est plus cher… (ce qui ne s’applique pas du tout aux deux vins qui suivent !)

Clos Tue Boeuf Puzelat Cheverny FrileuseClos Tue Boeuf Puzelat Cheverny Rouillon

Passons ensuite aux frères Puzelat, avec un exemple de Cheverny en blanc et en rouge. Le blanc est 1/3 sauvignon 1/3 chardonnay 1/3 chenin, et éminemment buvable. Le rouge pareil, mais en gamay-pinot noir. À essayer !

Portrait de Michel Gendrier Domaine des Huards Cheverny

Et je terminerai par les vins de Michel Gendrier, qui mérite vraiment le détour (si ce n’est le voyage !)

Michel Gendrier Domaine des Huards Cour-Cheverny Romo 2010

En Cour-Cheverny, une belle balade à travers les différents visages du Romorantin. Et pour insister sur la rareté de ce cépage, il n’est même pas autorisé en AOP Touraine. Tant et si bien qu’il faut vraiment venir le chercher à Cour-Cheverny.

La cuvée Romo est un assemblage de jeunes et vieilles vignes. Le Romo 2012 est vif mais pas encore très complexe. Le Romo 2011 est déjà beaucoup plus minéral avec une légère sucrosité en finale liée à la maturité des raisins. Quant au Romo 2010, il montre le potential de ce type de vin, avec un nez tirant sur d’étonnants arômes pétrolés qui ne sont pas sans rappeler un riesling. Encore une fois une belle maturité et cette impression de légère sucrosité en finale, qui apporte un côté gourmand à des notes minérales (craie) un peu austères.
Et tout ça pour 8,50 euros… ça fait réfléchir, d’autant que nous sommes ici en biodynamie (label biodyvin).

La cuvée François Ier, toujours en Cour-Cheverny, est constituée de vieilles vignes d’une moyenne d’âge de 75 ans. Le millésime 2007 est sur trame purement minérale, avec un côté pétrolé au nez dans la lignée de Romo 2010 (visiblement des notes liées au vieillissement) mais une belle salinité en bouche. C’est un aspect que j’apprécie tout particulièrement car il donne toujours envie de se resservir un verre. Et pour 12 euros, il n’y a pas de raison de se priver.

Michel Gendrier Domaine des Huards Cheverny Pure 2013

Le domaine produit aussi du Cheverny, dans les 3 couleurs. Je me suis focalisé sur les blancs, assemblages de Sauvignon et de Chardonnay.

La cuvée Pure 2013 est extrêmement gourmande, avec un fruit croquant et légèrement acidulé. C’est tout bonnement délicieux, et encore une fois pour 8,50 euros on en a pour son argent.

La cuvée Haute Pinglerie 2011 est tout simplement fascinante. Je me la représente mentalement comme un mille-feuilles de minéralité et de fruit, chaque composant succédant à l’autre au fur et à mesure de la progression aussi bien en bouche que dans le verre. C’est vraiment très beau et presque déroutant. Comme la cuvée François Ier, le prix est de 12 euros, avec la même conclusion !

2 thoughts on “Cours, Cheverny, cours !”

  1. Le Cour-Cheverny, il est irresistible quand il a 4-5 ans. Bien fait comme chez les Gendriers, ça pose pas de problème!

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