Ce vin mythique…

Ce vin mythique qu’on devrait pouvoir trouver partout, tout le temps, facilement, et dont on rêverait qu’il soit en prime bon et pas cher, j’en parlais justement aux débuts de ce blog tant un billet dont le titre résumait bien le propos : Je crois que ça va pas super marcher… En effet, ce vin est mythique car il n’existe tout simplement pas, et c’est un peu la raison pour laquelle mon blog (et bien d’autres) existe. S’il était possible de résumer l’envie du moment à une bouteille si aisément accessible, pourquoi s’embêter à chercher plus loin ?

La mission fixée par Antoon, président éphémère des 72è Vendredis du Vin était donc particulièrement délicate : « un vin made in France que chacun peut trouver aux 4 coins de la planète. J’entends certain murmurer que je souhaite un vin dit agro-industriel. Non, il s’agit d’un vin de qualité, produit à grand volume. » Malheureusement je fais partie de ceux qui pensent qu’il y a contradiction dans les termes… Un vin de qualité, produit à grand volume : nous sommes bien au rayon Mythes & Légendes.

Et pourtant, je me désole de l’inexistence de ce vin. Entre la Kro et la petite bière artisanale bio du Languedoc (comme celle dégustée lors du récent apéro du salon Millésime Bio), il y a Duvel ou Chimay qui m’enchantent les papilles. Entre Grey Grouse et le Lagavullin 12 ans Cask Strength Édition Limitée 2002, il y a de sympathiques singles malts (comme Bowmore, Aberlour ou Highland Park) dont on trouve les versions 12 ans à peu près n’importe où. Mais entre le vin vendu en grande distribution, globalement infâme, et les petites perles introuvables, il y a un océan de vin dont j’essaye de vous parler ici… mais aucune marque ! C’est là une des grandes faiblesses de la filière viticole française : qualité ne rime jamais avec quantité, et aucun des vins que l’on puisse trouver aisément aux 4 coins de la planète (et qui ne coûtent pas un bras) ne m’émeut de quelque façon que ce soit.

Pour autant j’ai essayé de réfléchir : clairement aucune locomotive de ce genre dans la Loire, en Bourgogne ou en Alsace, sans même parler des régions plus confidentielles comme le Jura ou la Savoie ; les marques du Languedoc, du Bordelais, de Provence ou de Champagne sont globalement inintéressantes ; à la limite mes deux meilleures suggestions seraient un vin d’entrée de gamme de Chapoutier (ça reste généralement bon et bien fait) ou peut-être un Madiran d’Alain Brumont ?

Muscat de Rivesaltes Domaine Aimé Cazes 1992 et 2001

Décidément, je ne suis pas convaincu, et il me faut me rendre à la raison : je ferais un piètre chasseur de licorne… Je vais donc prendre le problème à contre-pieds, et citer carrément un type de vins dans son entièreté : le muscat vinifié en vin doux naturel. Qu’il soit de Rivesaltes, de Saint-Jean-de-Minervois, de Mireval, de Frontignan, de Lunel ou des Beaumes-de-Venise, qu’il s’agisse d’une production confidentielle, d’un gros producteur ou d’une cave coopérative, je suis rarement déçu. Il faut dire que le style, sucré, muté à l’alcool, permet de rattraper bien des errements. Au minimum, c’est buvable, avec un peu de chance on se fera vraiment plaisir. Et en choisissant bien, on touchera au sublime.

Un exemple d’un de ces muscats que l’on peut trouver presque partout et qui soit délicieux ? Celui du producteur Aimé Cazes (de nos jours il s’agit plutôt d’Emmanuel). J’ai résisté à la tentation de boire tous mes 1992 et 2001 à l’époque, il m’en reste quelques bouteilles qui vieillissent sagement en cave. La couleur évolue lentement, de même que les arômes, toujours soutenus et mis en valeur par une acidité salvatrice. J’aurais aussi bien pu citer le Muscat de Saint-Jean-de-Minervois (Languedoc) du domaine de Barroubio, ou encore le Muscat des Beaumes-de-Venise (Rhône sud) du domaine de Fontavin. Et pour me rapprocher encore un peu plus du thème, c’est une des rares vins qui s’apprécie très bien seul, sans accord mets & vins recherché : parfait à siroter pendant une séance de Skype !

Un commentaire sur “Ce vin mythique…”

  1. William Ransone dit :

    J’ai pu le goûter : c’est tout simplement dingue, inoubliable. Si vouss êtes sur Paris ça se boit que chez Païpaï, dans le XIème…

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