Ce qui me saoule vraiment

L’annonce de la riposte est tombée hier, orchestrée par Vin & Société et sous la forme du site Ce qui va vraiment saouler les français. La riposte contre quoi ? Contre 5 recommandations de la MILDT (Mission Interministérielle de Lutte contre la Drogue et la Toxicomanie) visant à limiter la façon que nous avons tous de parler du vin, notamment sur internet ; de radicaliser toujours plus le discours sanitaire (dans notre jargon il est de coutume de dire hygiéniste) ; et puisque nous sommes tout de même en France, une nouvelle taxe, ça ne mange pas de pain.

Drogue… Toxicomanie… on me reprochera peut-être de banaliser les conséquences de l’alcoolisme, mais j’ai vraiment du mal à voir le lien avec le vin. En tout cas, la ligne est claire, les masques sont tombés, et les intentions ne sont certainement pas amicales.

Ce qui va vraiment saouler les français

La mobilisation s’est mise très rapidement en place, les différents acteurs de la filière viti-vini se sont motivés : « on » ne pouvait pas laisser passer ça. Conjointement avec le rapport Reynaud (et la réponse : Touche Pas À Mon Vigneron), cela commence à faire beaucoup. Les attaques se font de plus en plus franches, virulentes, régulières (allant même s’accélérant). En résumé, il était largement temps de commencer à montrer les crocs.

Et puis, dans la soirée, la nouvelle tombe : il s’agirait d’une erreur de copier-coller (ou de copier-picoler si l’on en croit le bon mot de Bourgogne Live). Les blogueurs en vue s’arrachent la primeur de l’information. Vincent Pousson, qui a dégainé plus vite que les autres, décide de le prendre avec humour. Antonin, alors qu’il aurait du être en train de faire la fête, se moque sur l’air de beaucoup de bruit pour rien. Nicolas, fidèle à la ligne du parti, ne peut s’empêcher quelques allusions politiques (comme si les autres avaient fait mieux).

Une petite parenthèse sur le fond : que se serait-il passé si ces mesures avaient été appliquées ? Toutes les agences de communication et tous les blogueurs seraient partis en Belgique ? Par souci de défense de notre belle langue française, il aurait fallu que tout le monde apprenne l’anglais pour prendre des nouvelles de ses producteurs préférés ? (note : je gagne en partie ma vie grâce à la Loi Évin, en écrivant en anglais pour des producteurs français… merci aux politocards de penser à moi). Bref, nous étions déjà sérieusement dans le ridicule de toute façon, et parfois celui-ci ne tue malheureusement pas.

Je passe maintenant à cette pirouette de fin de soirée. Pour une fois mon analyse rejoindra celle de Nicolas : soyons clairs, on se fout carrément de notre gueule. Soit il s’agit d’incompétence, ce qui est très grave à ce niveau de recommandations, et sachant les oreilles auxquelles ces gens ont accès ; soit il s’agit d’une excuse de dernière minute, d’un bonneteau bien organisé lors duquel le pigeon aurait, miracle, perçu la supercherie. Cette dernière solution me parait plus probable.

Et le copier-coller… de quoi ? d’où ? C’était l’héroïne que le gouvernement voulait taxer ? C’était de la cocaïne dont il ne fallait pas parler positivement ? (soit dit en passant, il y en a beaucoup qui n’auraient plus grand chose à dire…)

Et cette belle mobilisation… feu de paille ? coup d’épée dans l’eau ? Non, en fait ce n’est pas juste ce copier-coller de la MILDT qui me saoule. Ce n’est pas seulement le rapport Reynaud ou la Loi Évin qui me saoule. Ce qui commence vraiment à me saouler, c’est la place réservée au vin, un élément capital du patrimoine de notre pays (et aussi européen, je ne suis pas nationaliste pour deux sous). Certains tentent, par touches successives, de saper l’édifice. Petit à petit, quelques pierres tombent, de-ci de-là. Nous n’en sommes pas encore à la ruine, mais c’est le but affiché. Parfois, les assiégés font une sortie, comme hier. Cela réduit un peu la pression, le soir il y a de la joie dans les foyers… et le lendemain le siège reprend de plus belle.

Ce qui me saoule vraiment, c’est qu’on produit du vin partout en France, et pourtant ces régions n’ont pas eu l’envie de se fédérer et faire, pour une fois, un peu de lobbying. Certes, cela change, comme nous l’avons vu hier, mais il faudrait que cela change durablement et rebondir sur les bonnes intentions. Il a été prouvé, l’espace d’une journée, que la filière viti-vini peut mobiliser, peut rassembler, et que les français n’y sont pas insensibles. La suite ? Aller voir les élus pour qu’enfin la loi sur le vin comme élément du patrimoine français soit votée, et que les lois futures fassent, de fait, la part des choses entre le vin et les autres alcools. Pour que je ne me lève pas le matin en me disant : « que vont-ils avoir encore inventé ? »

Voilà, c’est ça qui me saoule vraiment.

2 thoughts on “Ce qui me saoule vraiment”

  1. Si je me félicite que tu rejoignes mon analyse, je suis également d’accord avec toi sur le fait que « les autres, c’était pas mieux ». Je l’ai dit maintes fois et je le répète ici : la gauche a mis en place un arsenal répressif que la droite a laissé filer et sur lesquels elle n’a rien fait.

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