Aux P’tits Oignons

Je ne vais que très rarement au restaurant. Tous les endroits non-gastronomiques ne m’intéressent absolument pas (en dehors de quelques pizzerias de haut vol). Et soyons clairs, contrairement à certaines idées reçues, une terrine de foie gras et du suprême de poulet à la crème et aux champignons sous vide (2.80 euros HT sur catalogue) ne transforment pas un boui-boui en temple de la haute gastronomie. Je réserve mes rares sorties aux vrais restaurants, ceux où un chef travaille des produits frais pour créer un menu du jour sensiblement différent de celui de la veille, et où la carte ne ressemble pas à un annuaire. Sinon, je peux tout simplement le faire chez moi (je ne suis pas un cordon bleu, loin de là, mais mettre un plat cuisiné à réchauffer au bain-marie est dans mes compétences) avec la garantie que la sélection des vins sera meilleure… et c’est d’ailleurs là où, souvent, le bât blesse : dans bien des cas la carte des vins incarne le paradoxe d’être à la fois indigente et de réussir à bien remplir les poches du propriétaire. Au point que certains se prennent pour des bienfaiteurs de l’humanité pour la simple raison qu’ils n’appliquent qu’un coefficient multiplicateur de 5 par rapport au prix public. Heureusement, il n’en va pas toujours de même partout…

Belle surprise, donc, lors de mon passage à Angers (pour le Salon des Vins de Loire) avec la découverte du restaurant Aux P’tits Oignons. Étant un piètre reporter gastronomique, j’oublie régulièrement de prendre des photos des plats (en fait, non, je fais exprès), de noter scrupuleusement le menu et tout le toutim. Par chance, Doc Adn passait aussi par là, je vous invite donc à lire sa chronique. Le lecteur attentif remarquera que le Doc se préoccupe de la déco (c’est important, ça, la déco ? vous êtes sûrs ?) mais qu’il ne mentionne pas les toilettes ! Erreur de débutant rédhibitoire au concours d’inspecteur du guide Michelin.

Comme vous l’aurez compris après avoir lu son billet, la carte des vins était superbe (et je pèse mes mots) et les prix très attractifs avec des coefficients tournant autour de 2, ce que les mauvaises habitudes des voisins nous poussent à trouver exceptionnel. Nous fûmes un peu plus motivés (ou en forme) que le groupe du Doc et nous nous décidâmes pour un Chablis 2008 1er cru « La Forest » de Vincent Dauvissat, suivi d’un Montcalmès 2009. Quel plaisir de pouvoir choisir entre plusieurs millésimes (au moins 4 ou 5 dans la plupart des cas) ! Quelle excitation devant tant de possibilités et d’opportunités, plutôt que se sentir à l’étroit dans la « sous-sélection » de vins vaguement buvables à moins de 50 euros sur table.

Dans les faits, j’ai trouvé la cuisine relativement moyenne, et donc un peu chère, mais cela était largement compensé par l’équilibre avec la carte des vins. Je me souviens des paroles d’un restaurateur justifiant les prix astronomiques de ses boissons alcoolisées en prétextant « si nous faisions payer le menu à son juste prix, plus personne ne viendrait ». C’est cohérent avec la politique de nombreux bars à vins, où les bouteilles sont relativement bon marché, mais où 3 tranches de saucisson et 2 morceaux de fromage vous coûtent un bras… Tous ces gens prendront peut-être un jour exemple sur Louis Privat (hé ! j’ai le droit de rêver, non ?)

Autre bonne surprise à Angers (décidément), La Brasserie de la Gare—au moins pendant le temps du salon. Belle sélection de vins (y compris au verre) à des prix raisonnables, une entrecôte-frites qui fait envie et un personnel très sympathique. Le patron nous a fait goûter quelques bouteilles ramenées du salon, avant de nous servir un verre (légèrement) plus haut que le trait… malheureusement nous avions déjà mangé ailleurs mais j’y repasserai certainement la prochaine fois !

3 thoughts on “Aux P’tits Oignons”

  1. docadn dit :

    ola,
    merci pour le lien !! juste 2-3 divergences légitimes. si gastro est synonyme de « fait maison », tu peux aller plus souvent au resto, mais avec toutes les déceptions qui vont bien !! sinon, les inspecteurs du gros rouges ne notent plus les chiottes depuid l’aile ou la cuisse! seule la deco compte !! dernière chose, je vais au resto d’abord pour l’assiette pas pour les vins! si la carte et les coefs sont bons tant mieux, mais ce ne sera jamais ma priorité si l’assiette est à chier?! apres pour les buveurs d’étiquettes Aux p’tits oignons est un bon plan…
    P.S. je vais très très rarement aux chiottes au resto, c’est pas JC Decaux qui les gèrent !!
    a +

  2. Doc, merci pour ton passage… pour ce qui est des toilettes, je pensais pourtant que Vincent Pousson avait bien expliqué pourquoi elles vont devenir un critère incontournable de la critique des tables gastro (c’est le cas de le dire !) — et pour le lien, c’est ici : http://ideesliquidesetsolides.blogspot.fr/2013/03/vomir-le-nouveau-luxe-gastronomique.html

    Le « fait maison » est pour moi un minimum absolu, après ce n’est pas une garantie de succès, c’est clair. Je sais qu’il y a mille et une raisons pour aller au resto, pour ma part c’est surtout pour faire l’expérience de plats que je ne peux pas faire chez moi, par manque de talent (surtout), de patience (parfois), de matériel (souvent) ou de produits (sauf quand je me donne du mal).

    Pour ce qui est des vins, je n’imagine pas d’en boire sans repas, ni repas sans vin (ou autre boisson adaptée à l’assiette). C’est un de mes (nombreux) travers. Si l’assiette est excellente, elle ne m’intéressera probablement pas si je dois l’accompagner d’un verre de Château La Pompe du dernier millésime, à la robe transparente et au goût élégamment chloré… d’où l’importance que j’attache à la qualité de la carte des vins, et aux prix, n’ayant malheureusement pas de compte offshore.

  3. Docadn dit :

    Salut Guillaume,
    Ok, Redzepi (El Bulli, c’était #), oui, mai sachant que la majorité des malades le sont devenus qu’une fois chez eux, aucune incidence directes sur les cabèches du resto incriminé !! Tu peux avoir des chiottes « stérilisées », si ton cuistôt ne se lave pas les mains, t’as toutes les chances d’en profiter !!
    Il est aussi très rare que j’aille au resto pour becter un steack de vache laitière ou une omelette (je sais faire cuire l’un comme l’autre), même si je ne suis pas un génie du fourneau… Mais effectivement pour approcher des plats techniquement hors de ma portée, où des produits inaccessibles (des barbaques japonaises et autres produits écologiquement assassins !!), je n’ai pas d’autre choix que de m’asseoir chez qui sait faire ça !!
    Pour les repas sans vins et les vins sans repas, autre point de divergence !! J’ai mangé dans des établissements au savoir-faire indéniable côté fourneau, mais d’une « crasse ignorance » côté carte des vins !!
    Aussi, quasi systématiquement, pour ne pas « flinguer » mes plats avec une infâme picrate « France-Boissons », j’en reste à l’eau pétillante quand la carte des vins est nulle. De même quand les coefficients frôlent le vol à main armé (pas de domiciliation aux Caïmains non plus !!), je profite du plat seul !! Après pour apprécier un vin, je n’ai pas non plus besoin de manger systématiquement en parallèle !! Il se suffit parfois à lui-même !!
    L’idéal étant le fameux « accord » qui se doit de réunir « Le plat » ET « Le vin accessible et bien choisi »… mariage très subtil, rare, mais ô combien merveilleux quand il a lieu !!

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