Aligoté

En ayant un peu marre des titres bateaux, j’ai décidé de faire dans l’originalité totale pour ce billet. Je suis sûr que vous n’avez pas encore deviné de quoi je voulais vous parler…

J’ai eu la chance, enfant, de grandir dans un environnement où les bouchons sautaient joyeusement : chaque bouteille me paraissait spéciale, unique, et c’est l’impression que j’en ai gardé même après m’être aperçu que cela n’était pas vraiment le cas. La table du dimanche était le plus souvent ornée d’humbles Aligotés et autres Passetougrains, appellations dont j’ai souvent pensé que la réputation n’avait jamais dépassé les limites de l’Yonne, et occasionnellement d’un Petit Chablis, d’un Irancy ou d’un Saint-Bris.

Bien des années plus tard, traînant mes guêtres en Côte-d’Or, un vigneron tenta de me piéger d’un péremptoire « ah ! je suis sûr que vous n’avez jamais bu ça ! » — et je n’étais pas loin de le croire tant le caractère de l’Aligoté qui se trouvait dans mon verre était masqué et même dévoyé par les douelles de chêne qu’on avait tenté de lui faire ingurgiter, de force certainement. Où était passées l’aromatique tout en finesse ? la minéralité fugace ? la vivacité distinctive ? Hélas, trois fois hélas… ce bel Aligoté, on avait voulu l’anoblir, le farder, ou plus prosaïquement le faire péter plus haut que son cul ! Quel désastre ! Quel mascarade !

J’avais aussi déniché une bouteille souffrant des mêmes maux chez un domaine bien connu d’Irancy. L’ayant fait goûter à l’aveugle à mon père, qui en bon bourguignon vaut bien au sujet de ce cépage tous les critiques de France et de Navarre réunis, il n’en avait cru ni ses yeux ni ses papilles. Son commentaire, « que rigoureusement ma mère m’a défendu de nommer ici… », se contentera de rejoindre les annales de Brassens après avoir copieusement fait siffler les oreilles du vigneron.

Aligoté Raisins Dorés domaine Lafarge

L’intérêt de l’Aligoté ? Sa simplicité, sa franchise, sa spontanéité. Il s’accommode mal des prisons, fussent-elles de simple bois. C’est le petit blanc sans prétention des zincs bourguignons, l’allié parfait du kir, le compagnon idéal de l’apéro estival quand les brumes du Morvan se décident enfin à lever le camp. Personne n’aurait l’idée de le faire boxer dans la même catégorie que le Chardonnay et le Pinot Noir : il n’en mérite pas moins une certaine estime. Et c’est ce vin que j’ai retrouvé au domaine Lafarge, une cuvée de Raisins Dorés réalisée dans le respect de ce modeste cépage.

Un commentaire sur “Aligoté”

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *