A Year in Burgundy

A Year in Burgundy (Une Année en Bourgogne) est un documentaire de David Kennard, qui relate, comme son nom l’indique, une année complète passée en Bourgogne au rythme des saisons. Plusieurs producteurs de vin s’en partagent la vedette, apportant chacun leur pierre à l’édifice. Même s’il est parfois question de technique, c’est surtout de philosophie dont il s’agit. Chaque domaine est ainsi invité à exprimer sa vision de la vigne et du vin : il en ressort que la dimension humaine est indissociable de la création du vin.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, je tiens à clarifier deux points d’entrée de jeu.

Le premier, pour les lecteurs pressés, c’est que j’ai beaucoup aimé ce documentaire, et que je le recommande vivement à tout le monde : parfait pour les novices, mais il serait étonnant que les experts n’en retirent pas aussi quelque chose.

Le second, c’est que Martine Saunier, une importatrice de vins aux États-Unis, est la co-productrice du film. En conséquence les premières minutes lui sont consacrées, et il semble évident que les viticulteurs choisis sont ses clients. Elle intervient aussi au cours du film pour dialoguer avec les producteurs, et servir de guide au spectateur. On y voit aussi un des diners qu’elle organise pour de (riches) collectionneur. Cet aspect m’aurait peut-être plus irrité si j’avais été américain, mais en tant que spectateur européen, cela ne m’a pas vraiment posé de problème. Évidemment cela sera rédhibitoire pour d’autres. Comme on dit outre-Atlantique : to each his own.

A Year in Burgundy - La 2 CV

La 2 CV de Martine Saunier…

Globalement A Year in Burgundy propose une vision romantique de la Bourgogne (ou même “romanticisée”). Ceci est apparent dès les premières images, notamment lorsque Martine Saunier monte dans sa 2CV… que ce soit en effet son habitude ou simplement pour les besoins du film, le fait est que ce détail suranné parait incongru à mes yeux, dans l’unique but de forcer le trait. Même si l’on trouve encore d’antiques 4L dans les vignobles, il y a surtout de simples véhicules utilitaires. Et l’on a autant, sinon plus, de chances de croiser un propriétaire bourguignon au volant d’une confortable berline ou d’un 4×4 de pacotille polluant à souhait. À la limite pour vraiment faire couleur locale il aurait fallu montrer Noël Ramonet sur sa mobylette !

A Year in Burgundy - Une armée de vendangeurs

Là déjà c’est plus réaliste – et je rassure les fans de mobylette, il y en a aussi une dans le film !

Passés ces aspects purement formels (et même si les images elles-mêmes sont sublimes), le fond est beaucoup plus intéressant. J’apprécie toujours lorsque le réalisateur laisse parler les vrais héros du film, à savoir les vignerons. La voix off, explicative, reste omniprésente mais les producteurs ont tout de même (et fort heureusement) la parole.

Chacun regardera ce film avec ses propres a priori. Je dois avouer que les miens s’opposent habituellement à une vision trop technique, trop désincarné de ce que je pourrais qualifier d’idéal bourguignon : une mosaïque de terroirs, une vieille cave humide, des fûts dans lesquels le temps fait son oeuvre. Mon expérience de la Bourgogne est parfois plus romantique que celle du film ! Je dis bien expérience et non vision, car la description précédente s’applique généralement aux domaines que je visite.

C’est pourquoi la vue de la cave de Perrot-Minot, gigantesque monstre de métal hors-sol, m’a donné quelques sueurs froides. À l’arrivée, on retrouve un vigneron tout aussi passionné que les autres, tout aussi engagé, se posant lui aussi beaucoup de questions (et peut-être même plus), tout en y apportant des réponses différentes, mais pas forcément moins valables. C’est exactement pour cela que j’aime qu’on laisse les vignerons parler, présenter leur point de vue, éventuellement le défendre, parfois creuser leur propre tombe.

A Year in Burgundy - Lalou Bize-Leroy dans ses vignes

Lalou Bize-Leroy dans ses vignes

Tous les vignerons mis à l’honneur sont attachants, mais la star du film est pour moi incontestablement Lalou Bize-Leroy. Les quelques passages dans lesquels elle apparait justifient pour moi à eux seuls de regarder ce documentaire. On mesurera les propos dégradants de certains concernant le mode de viticulture qu’elle chérit à l’aune de sa réussite.

Comme je l’annonçais en introduction, ce documentaire tout en nuances de gris (qui sera peut-être plus ressenti comme un publi-reportage par le public américain) est parfait pour des novices, ou pour des amateurs qui souhaitent en apprendre plus sur cette région. A Year in Burgundy est un film que j’aimerais vraiment montrer à mes parents, aussi bien pour le côté hautement éducatif que dans le but de recueillir leurs impressions.

A Year in Burgundy est disponible en DVD, ou plus simplement en VOD.

La liste des producteurs apparaissant dans le film :
Domaine Bruno Clavelier
Domaine Dominique Cornin
– Domaine Michel Gay & Fils
Domaine Leroy
Domaine Morey-Coffinet
Domaine Denis Mortet
Domaine Perrot-Minot

Toutes les images présentes dans ce billet sont tirées du film.

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