50 cl

Les thèmes parfois restrictifs des Vendredis du Vin me posent souvent problème. Les mauvaises langues auront tôt fait de signaler qu’une thématique très large comme « les fleurs » (VdV #49) ne me rend pas plus dissert… c’est juste que pour celui-là, j’ai vraiment beaucoup de retard !

Toujours est-il que les bouteilles de 50 cl (ni plus, ni moins), je n’en ai pas vraiment tout le tour du ventre, comme disent les héros de Kaamelott. C’est d’ailleurs un paradoxe en soi, car tout le monde sait bien que 37.5 cl, c’est vraiment pas assez; et que 75 cl c’est souvent trop (dans les cas contraires, on se lamente que cette bouteile ne soit pas un magnum). Bref, le désamour pour ce format reste étrange, tant il semble plus adapté à la consommation actuelle de vin. Le pire, c’est qu’il semble réserver aux vins doux de toute sorte, pour lesquels une demi-bouteille est souvent largement suffisante, et qui peuvent souffrir de rester quelques jours (voire semaines ou mois) au frigo…

Tout cela pour dire qu’après avoir bien fouillé dans tous les recoins de la cave, je dûs me rendre à l’évidence : de demi-litres je n’en avais point. Les recoins de ma mémoire étaient soit tout aussi vides, soit emplis de doute. Je crois me souvenir que les quelques bouteilles du rosé miraculeux ultra-confidentiel d’Iris était de cette contenance, mais je n’en mettrais pas ma main à couper. Je décidais donc de tenter une expérience, et en pays étranger de surcroit : aller chez le caviste. Je dois vous avouer que cela ne m’arrive pas tous les jours car j’essaye tant que faire se peut de me fournir directement à la source…

Je me retrouvais donc errant de par les rues de Barcelone en quête du Saint Graal, guidé par une destinée que j’espèrais égale à celle du sieur Perceval. Je fus presque déçu de trouver l’objet de mon désir immédiatement. Au coin de la rue, en fait. Décidément ces cavistes ont plus d’un tour dans leur sac et je vis donc s’étaler devant moi toute une sélection (que je soupçonne néanmoins hasardeuse) de précieux flacons, tout plus liquoreux les uns que les autres. Sauf un : un rioja sans millésime au doux prix de 4,90 euros dont je jugeais prudent de ne pas soumettre le contenu à mes entrailles. Je jetais finalement mon dévolu sur un muscat de Rivesaltes (prudence étant mère de vertu) et un vin doux catalan à base de grenache en vendanges tardives (on ne vit qu’une fois). Et oui, gentes dames et gentilshommes, dans cette histoire il y a deux Graals épicétou. C’est moi qui raconte.

Le muscat de Rivesaltes (vendange XXX du sieur XXX, sis à XXX) était… comment dire… l’agréable avec un muscat, c’est qu’à moins de jouer de malchance ou de fréquenter les supermarchés (auquel cas il faudra beaucoup de glaçons, une chaleur insupportable et moults renforts d’olives, de cacahuètes et de cochonailles pour faire descendre la chose), c’est que c’est toujours délicieux. Et celui-ci ne dérogeait pas à la règle. Pas le meilleur que j’ai bu, mais tout à fait satisfaisant et qui suscite immédiatement des visions de tartes au citron, d’abricots pochés au miel ou de salade de fraise. Enfin bref, du muscat comme on aime.

L’option inconnue (Ètim Tradition Verema Tardana 2009 de l’Agricola Falset-Marçà dans le Monsant — en catalan dans le texte) était plutôt désarmant. Je m’imaginais déjà à Banyuls, Maury ou même Rasteau… et la technique employée doit être relativement similaire. Mais je n’ai pu que m’étonner du fait que le producteur n’ait pas cru judicieux de mentionner que Christophe Colomb avait du le ramener d’un de ces voyages, tant ce vin semblait typé nouveau monde (et ce sans sous-entendu péjoratif s’il-vous-plaît). À l’aveugle j’aurais « deviné » une tentative de vin doux australien à base de Grenache, peut-être ce « porto australien » (au bûcher !) dont un ami m’avait parlé. C’était loin d’être désagréable, et même carrément bon dans son genre. Pas vraiment tout public (en tous cas certainement pas autant que le vin précédent), mais on pouvait raisonnablement se douter que le vin doux rouge catalan était plutôt un marché de niche.

Bouteille de 50 cl de la cuvée Etim Verema Tardana

Trêve d’artifices, ces vins n’ont rien gagné ni perdu à être embouteillé dans ce format dont le principal désagrément est que les contenants sont typiquement hauts, fins, et ne tiennent pas debout dans la porte du frigo. Étonnant que les alsaciens ne s’y soient pas mis pour faire chier encore un peu plus le monde, d’ailleurs. Oublions vite le contenant pour le contenu, très bonne 50ème aux Vendredis du Vin et longue vie (qui je le rappelle pourrait bien être éternelle si on arrivait à mettre la main sur ce sacré Graal).

Bref, je suis allé chez le caviste. Ah non zut, ça c’est l’autre série télé française sympa de ces dix dernières années.

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